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Homélie 3° dim Carême SL Jn 2, 13-25

Il est des jours où l’actualité oblige à parler. Ce matin, les enfants, je ne m’adresserai pas à vous directement, une fois n’est pas coutume, mais aux adultes en pensant particulièrement aux enfants. De quoi s’agit-il ?

Une fillette brésilienne de 9 ans, de l’âge des enfants qui se préparent à la 1° communion ici, enceinte de jumeaux à la suite de viols commis par son beau-père a eu recours à l’avortement. L’évêque du lieu a prononcé une peine publique d’excommunication contre la mère de la fillette et l’équipe médicale qui a procédé à l’avortement.

Cette décision épiscopale a profondément choqué ; des évêques du Brésil ont signifié leur réserve face à la décision de leur confrère ; certains évêques de France ont aussi écrit pour dire leur indignation et en témoignant de leur compassion envers la famille touchée par ce drame.

Essayons ce matin de poser quelques jalons pour y voir plus clair et vous aider là où vous vivez. J’ai entendu cette semaine des catholiques témoignant de leurs difficultés à dire et vivre leur foi dans un tel contexte. J’espère que ces quelques mots maladroits sans doute vous aideront quelque peu.

L’Eglise ne renoncera jamais à dire son amour et son respect pour toute vie de la conception à la mort naturelle. C’est un grand ‘Oui’ à la Vie qui pose le fondement de la dignité de toute personne. Dès lors l’Eglise considère l’avortement comme un acte de mort au nom du respect inconditionnel de toute vie.

Mais l’Eglise sait aussi la complexité de la vie. Dans sa tradition morale, elle permet que pour sauver une vie, on puisse se séparer d’une autre vie. Nous nous trouvons manifestement dans cette situation avec cette enfant de 9 ans incapable, si jeune de supporter une grossesse et encore plus de jumeaux.

Ce qui a le plus choqué, c’est la non prise en compte de la personne dans son ensemble, et du drame vécue par cette fillette lié à des viols répétés, qui sont aussi des actes de mort sur la personne victime. Comme le dit Mgr Patenôtre de la Mission de France, l’avortement « inscrit dans la chair de celles qui l’ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais.Mais comment se peut-il que devant un tel drame, l’Église se soit manifestée pour juger et condamner plutôt que pour entrer en compassion et reconduire vers la vie ? » Et Mgr Turini de Cahors d’affirmer « l’amour et la miséricorde parlent toujours plus fort,dans les évangiles, que la condamnation et l’exclusion. »

Et l’Eglise sait aussi s’engager pour accompagner des femmes en détresse à l’heure de l’avortement, en espérant qu’elles y renoncent et même après parce qu’elle veut servir les personnes, toujours. Comment expliquer au monde qu’on lève l’excommunication pour des évêques pour permettre la réconciliation et marcher vers l’unité dans un cas et que, face au drame, un évêque préfère prononcer l’excommunication dans un autre cas ?

Une fois réaffirmés la primauté de la miséricorde, poussons plus loin la réfléxion. Une telle affaire ne doit pas nous empêcher de nous informer et de relayer les propositions sages, nuancées et intelligents de l’Eglise de France alors que l’on s’apprête d’une part à changer le statut de beau-parent, et d’autre part à modifier les lois bioéthiques. Que cette affaire de Récife ne nous fasse pas renoncer à dire humblement et en dialogue les enjeux des débats de ces futures lois. Je vous invite à regarder de près ce qui est dit sur le site internet de la conférence des évêques de France. Cef.fr

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Abbé François Bidaud