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Homélie du 22 mars 09

De l’abbé François Bidaud

L’actualité médiatique m’invite comme dimanche dernier à prendre le risque de tenter de donner quelques éléments de décryptage au sujet d’une polémique suite cette fois aux propos de Benoît XVI sur la manière de lutter contre le SIDA. Je serai long, mais un certain nombre d’éléments sont à tenir ensemble.

Je vous lis d’abord la question de Philippe Visseyrias de France 2 « Saint Père, parmi les multiples maux dont souffre l’Afrique, il y a aussi en particulier celui de l’épidémie du sida. La position de l’Eglise catholique quant aux moyens de lutter contre ce fléau est souvent considérée comme irréaliste et inefficace. Aborderez-vous ce thème durant le voyage ? »

Voici une grande partie de la réponse du pape

« Je dirais le contraire. Il me semble que l’entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est vraiment l’Eglise catholique, avec ses mouvements et ses diverses structures. Je pense à la Communauté Saint Egidio qui fait tant, de manière visible et aussi de manière invisible pour lutter contre le sida, aux religieux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont au service des malades... Je dirais que l’on ne peut pas dépasser ce problème du Sida avec seulement de l’argent, qui est nécessaire, mais s’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut pas dépasser le fléau avec la distribution de préservatifs. Au contraire, ils augmentent le problème. La solution ne peut venir que d’un double engagement : en premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui permette une nouvelle manière de se comporter les uns avec les autres, et deuxièmement une vraie attention particulièrement à l’égard des personnes qui souffrent, la disponibilité, les sacrifices aussi, les renoncement personnels pour être avec les personnes souffrantes. […]C’est pourquoi, je dirais que c’est là notre double force : renouveler l’homme intérieur, donner une force spirituelle et morale pour un comportement juste dans la manière de considérer son propre corps et celui d’autrui, et d’autre part cette capacité à souffrir avec ceux qui souffrent, d’être présents aux cotés de ceux qui traversent des épreuves.

Je reviendrai plus tard sur la phrase qui fait polémique, la distribution de préservatifs considérée comme augmentant le problème du Sida. On peut cependant déjà noter que Benoît XVI prend en compte la souffrance des personnes malades, encourageant l’Eglise à se rendre proche d’elles et qu’il invite à une humanisation de la sexualité, il parle donc d’un processus, d’un renouvellement.

Il cite la Communauté Saint Egidio qu’il a visité cette semaine à Yaoundé. Que leur a-t-il dit ? « J’ai parlé de vous pendant le voyage et de votre travail contre le SIDA. Je connais votre travail et tout ce que vous faites. » Qu’a fait Saint Egidio ? Elle a créé notamment ‘Dream’, un programme de prévention et de soin qui prend en compte toute la personne et différents risques de maladies : comment éviter le paludisme, le choléra, etc. Que lit-on à la page du programme concernant les MST : « avoir de nombreux partenaires sexuels ou des rapports sexuels complets non protégés accroît le risque de contracter une infection [ sexuelle] ».

A partir de ces éléments, essayons de réfléchir. Pour traiter d’une question, allons à la source de l’information. Le pape et les catholiques sont attaqués à partir de l’interprétation d’une phrase tirée du contexte ; c’est un procédé médiatique de raccourci connu, mais essayons quant à nous de rendre compte de l’ensemble du message. Voilà qui nous invite à mieux nous situer quand le pape s’exprime. L’actualité de ces derniers mois crée un climat délétère où la tentation est d’être méfiant envers ce que dit Benoît XVI. Est-ce une attitude juste comme catholique ? Je préfère la confiance a priori qui fait crédit à ce que dit le pape ; à l’intérieur de cette confiance, nous pouvons chercher à comprendre quitte à formuler des demandes d’explication, des remarques sur les difficultés de réception, des incompréhensions. C’est légitime.

La polémique actuelle concerne un propos considérant la distribution de préservatifs comme aggravant le problème du SIDA. J’aurais aimé une explication sur ce caractère aggravant. Benoît XVI pouvait-il la donner dans le cadre d’une interview rapide dans un avion ? Difficile. Le fait de choisir parmi les questions celle, abordant un tel sujet, posée par un journaliste de France 2 à quelques jours du Sidaction, en sachant la méthode médiatique des petites phrases est risqué dans notre monde de communication mondialisée. Alors en lisant l’interprétation donnée a posteriori par le porte-parole du Vatican, je comprends ceci : une personne qui se croit sans danger grâce à l’usage du préservatif peut être tentée de multiplier les expériences pourtant demeurant à risque. De plus, en en restant à un discours sanitaire technique, on n’honore pas la dimension humaine de la sexualité.

Mais comment faire alors et notamment face au développement dramatique du SIDA en Afrique ?

Il s’agit je crois de poser une réflexion morale authentique qui sait lier universel, particulier et singulier. Je m’explique. L’universel, c’est un idéal, une norme universelle, que chacun peut accueillir comme juste par sa raison. Le particulier, c’est le contexte historique, géographique où chaque personne est située ; le singulier, c’est l’invitation à tenir compte de son histoire personnelle, pour une décision personnelle, prise en conscience, c’est-à-dire cherchant à s’ajuster à l’universel dans son contexte particulier.

Ici, le pape rappelle l’universel : la dignité de toute personne, malade ou bien portante appelée à s’épanouir dans des relations les plus humaines possibles.

Le contexte particulier est celui de l’Afrique aux prises avec le SIDA. La distribution de préservatifs peut-elle être une étape transitoire pour enrayer le fléau ? Sans appel à la responsabilité de chacun dans ses relations, elle risque bien d’être une illusion. Il s’agit d’avoir une vision sanitaire et éthique globale comme le propose la communauté Saint Egidio.

Il est cependant des situations singulières que le document du programme ‘Dream’ de cette communauté prend en compte où la protection des rapports sexuels doit être envisagée pour éviter une prolifération du virus. Je comprends, j’espère ne pas vous tromper sur l’interprétation du document de prévention, qu’on admet donc parfois l’usage du préservatif en évoquant comme risqués des rapports ‘non-protégés.’ Mais c’est une chose d’en admettre l’usage à certaines conditions, une autre d’en prévoir la distribution comme solution au problème. Le Cardinal Lustiger avait admis l’usage du préservatif en son temps en contexte français. « Des malades du sida sont appelés, comme chacun de nous, à vivre la chasteté non dans la frustration, mais dans la liberté. Ceux qui n’y parviennent pas doivent, en utilisant d’autres moyens, éviter le pire : ne donnez pas la mort. ». A la remarque du journaliste : « Un pis-aller, le préservatif ? », il avait répondu : « Un moyen de ne pas ajouter au mal un autre mal... »

En cette période troublée, veillons à chercher l’information à la source, gardons confiance les uns envers les autres et efforçons-nous de poser de vrais choix éthiques dans nos vies. En ce temps de Carême, avec le CCFD, n’oublions pas l’Afrique.

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Abbé François Bidaud

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Monseigneur Alain Castet, de son vicaire général et d’un médecin :