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Homélie 24° dim ordi B 13 09 09 SL Is 50, 5-9a ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35

Pour mieux entrer dans la compréhension de cet évangile, permettez-moi d’abord d’évoquer une expérience personnelle, mais je le crois, partagée par beaucoup. Quand j’étais enfant, cela m’arrivait de temps en temps de tomber, de vélo notamment. Le genou écorché, j’avais mal, mais je craignais encore plus le moment où ma mère s’apprêtait à nettoyer la plaie avec un coton d’eau oxygénée. Je savais que ça allait accentuer la douleur et je ‘pignais.’ Maman tâchait de me rassurer : « Allons, laisse-moi faire, tu guériras plus vite. ». Je reviendrai plus tard sur cette anecdote, mais revenons à l’évangile, et plus précisément à Pierre dans sa relation à Jésus. Alors que les disciples vont vers Césarée, Pierre a déjà parcouru bien des kilomètres avec Jésus. Il croit connaître ce Jésus. Les gens, le tout-venant, ne le reconnaissent encore que partiellement ; et avec un regard nostalgique évoquant des figures passées, Elie, Jean-Baptiste, qui est mort, un prophète, comme au bon vieux temps. Pierre saisit la nouveauté de Jésus et son lien avec toute l’attente d’Israël. « Tu es le Messie. » Et comment ne pas être d’accord avec Pierre, nous qui sommes croyants, disciples d’aujourd’hui ? Seulement, voilà, Jésus n’en reste pas là. Voilà que « pour la 1° fois », écrit Marc, Jésus annonce sa passion, sa mort et sa résurrection. Pour Pierre, ça n’a pas de sens. Il réprimande Jésus, selon le mot grec employé. Erreur de communication, erreur de stratégie. Folie. C’est quand même pas en pleine gloire, alors que tout te réussit que tu vas nous parler de souffrance, de mort, même si c’est la résurrection au bout. Sur un plan humain, Pierre, on le comprend tout à fait. Vous imaginez quelqu’un en pleine réussite annoncer que les choses vont mal tourner ? Mais Pierre, se fait réprimander à son tour sur le même ton, c’est en tout cas le même verbe qui est employé, ce verbe que Jésus emploie quand il chasse les esprits impurs. C’est dire la virulence des propos. Et Pierre se fait littéralement remettre en place. Tu t’es mis devant comme un satan, un obstacle qui me barre la route. Ta place, c’est derrière, le disciple, il n’est pas devant, il est derrière, il suit le Maître. Mais alors, pourquoi le suivre jusqu’à la croix, en portant sa croix ? Comprenons bien. Si Jésus ne va pas jusqu’à la Croix, alors il ne vient pas éclairer nos zones les plus sombres, les plus obscures. Si Jésus ne va pas jusqu’à la Croix, nous ne saurions pas jusqu’où va son amour pour nous. Revenons à ma plaie au genou. Il faut bien que l’eau oxygénée pénètre la plaie pour la guérir. Il faut bien que Jésus traverse nos blessures, nos souffrances et notre mort pour nous en sauver. Alors pourquoi Jésus invite à se renier ? Se renier, c’est accepter de laisser son égoïsme pour accepter qu’un autre nous sauve, qu’un autre nous guérisse, c’est consentir à vivre en disciple, et plus précisément en enfant de Dieu, qui se laisse faire, qui reçoit sa vie du Père. « Laisse-moi faire » disait ma mère. Nous porterons nos croix, les poids de la vie, mais non pas seuls, mais non sans croire qu’un autre les porte avec nous. Au nom du Christ qui traverse nos souffrances, nous serons cette Eglise que Loïc a rencontré à l’hôpital, une Eglise qui agit, qui est présente à côté des souffrants, des malades et de ceux qui les soignent. Nous serons une Eglise qui dans nos quartiers est attentive aux personnes seules, isolées. Eglise de témoins pour un monde solidaire, nous agirons avec d’autres pour nourrir, vêtir, accueillir la personne démunie. Le 18 octobre prochain, la fête de la paroisse nous donnera de rendre grâce pour tant de solidarités vécues. Une vraie fête en famille, sans se prendre la tête, et avec des jeux pour tous les âges. Au nom du Christ qui nous rejoint dans nos heures sombres, nous serons cette Eglise qu’Olivier aime, une Eglise à l’écoute des questions, des doutes, des angoisses des jeunes, pour leur dire une espérance qui fait grandir, que ce soit au MEJ, avec les SUF, ou au lycée Saint-Joseph notamment. Avec Pierre, à la suite de Jésus, acceptons d’être sauvés, guéris, et que notre foi active, ‘ré-oxygénée’, témoigne du Ressuscité.

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Abbé François Bidaud