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Tous saints ! Un Everest inaccessible ?

En ce jour, nous sommes unis plus particulièrement avec les saints connus ou inconnus près de Dieu. Et nous portons dans notre prière ceux pour qui nous prierons plus spécialement demain, mais que nous espérons près de Dieu, nos frères et sœurs défunts. C’est donc un horizon, un avenir près de Dieu qui nous est donné. Pourtant, cet horizon, j’ai l’impression parfois qu’il ressemble plus à l’Everest, à une montagne inaccessible, perdue loin dans les nuages. Nous espérons rejoindre un jour ceux que nous avons aimés et l’absence est souvent ressentie, d’autant plus quand le deuil est proche, comme un abîme infranchissable, comme un gouffre, une crevasse qui sépare. Ce qu’ils deviennent nous est tellement inconnu que nous sommes sans mots. L’avenir qu’ils désignent semble hors de notre portée puisqu’ils sont hors de notre vue. De leur côté, les saints célébrés au fil des jours et plus spécialement aujourd’hui, sont des témoins qui nous montrent l’exemple, mais leur vie semble si exceptionnelle que cela nous parait loin de notre quotidien. Sommes-nous prêts à mourir en martyrs, à tout quitter pour aller vivre comme mère Térésa dans les mouroirs de Calcutta, à risquer un chemin intérieur aussi radical qu’une Thérèse de l’Enfant Jésus ou qu’un Jean de la Croix, à partir dans des lieux hostiles à la foi comme Saint-Henri Dorie, à nous convertir pour prendre au sérieux le Christ mort pour nous comme Saint-Paul ? J’ai parfois peur que nous présentions les saints comme des personnes admirables certes, mais d’autant plus admirables qu’elles sont inaccessibles, si bien que la sainteté devient affaire de spécialistes, d’alpinistes chevronnés, capables eux de grimper l’Everest. Nous admirons la montagne au loin en sachant que nous ne pourrons jamais la gravir. Alors la sainteté, c’est vraiment que pour les autres ? Alors les Béatitudes, ce bonheur promis, est-il aussi pour nous ? La parole de ce jour nous offre de quoi emprunter un chemin qui peut nous conduire au-delà de ce que nous imaginons. Saint-Jean, dans la 2° lecture, reconnaît que tout n’est pas encore clair : « ce que nous serons ne paraît pas encore clairement », et dans le livre de l’Apocalypse, le témoin de la scène étonnante ne cesse de poser des questions tant ce qu’il voit semble inconnu pour lui et difficile à comprendre. Voilà une Parole de Dieu bien adressée aux humains, qui prend en compte notre hésitation, notre difficulté à voir, à comprendre, à croire parfois. Mais surtout cette parole nous délivre d’un piège, celui de croire que l’Everest se monte uniquement à force de volonté, à la force du poignet. Comme s’il ne fallait compter que sur nos propres forces ; rien de tel dans la sainteté, dans le bonheur à vivre et à partager selon l’évangile. Ecoutons : « Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit et ses disciples s’approchèrent ». Nous ne pourrions monter sur la montagne si Jésus ne nous précédait pas. C’est Lui le chemin, c’est Lui le premier de cordée ; c’est Lui qui est devant et qui nous tire vers ce bonheur surprenant, exigeant, mais libérant. Et au témoin de l’Apocalypse, il est révélé ceci que la foule qui s’avance entend cette proclamation « Le salut, [le bonheur autrement dit,] est donné, est donné par notre Dieu. » Qui d’autre que Dieu qui est saint saurait nous initier à la sainteté ? Qui d’autre que celui qui a créé la montagne saurait fournir le guide, et quel guide, son Fils pour nous permettre de grimper au sommet ? Et le témoin entend que ces gens de la foule innombrable ont été « lavés par le sang de l’Agneau », par la mort et la résurrection du Christ, qu a gravi la montagne du Calvaire, du Golgotha, qui a offert sa vie, qui a aimé jusqu’au bout pour nous permettre d’entrer dans sa vie, d’entrer dans la maison du Père. Et voilà le secret de la sainteté : elle ne s’acquiert pas à la force du poignet uniquement, elle se reçoit, comme un fils se reçoit de son Père, comme le Christ se reçoit de son Père. « Bien-aimés, nous sommes enfants de Dieu » dit Saint-Jean, et quand le Christ reviendra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. » La sainteté, elle est d’abord un don à accueillir, une force à recevoir. Oui, soyons ces enfants qui veulent grimper sur quelque chose de haut, et qui savent avoir besoin des bras de parents pour les hisser à cette hauteur. Alors nous verrons que la sainteté n’est plus de l’ordre de l’impossible, alors nous inventerons comment vivre les Béatitudes. Je vous offre deux exemples. L’actualité nous dévoile un peu plus combien le monde du travail est rude, un évêque allant jusqu’à parler des « victimes d’une nouvelle « pandémie » : ceux que les conditions de travail conduisent à la mort. » Et j’entends des personnes dire le poids du stress dans le monde de l’entreprise. Dans le même temps, je rends grâce pour l’initiative du Mouvement Chrétien des cadres, en lien avec d’autres mouvements, Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, Focolari, Action Catholique Ouvrière, jeunes professionnels : des personnes situées différemment dans l’entreprise se parlent, offrent des lieux de parole en ce temps de crise. Heureux êtes-vous les artisans de dialogue et de paix ! 2° exemple : Nous avons parfois un discours pessimiste sur les jeunes. Nous voyons leur difficulté à se construire, à prendre place, mais j’entends ce que certains d’entre eux réunis à la fête diocésaine ‘Atouts jeunes’ nous disent dans le message final : « Le regard de l’autre (quel qu’il soit) nous fait grandir et avancer. […] Comme nous plaignons ceux qui ont peur des différences ! Leur monde est fermé… Comment peut-on être heureux dans un monde où la différence provoque la peur ? La différence qui nous vient des autres, c’est notre richesse ». Oui, heureux les cœurs purs, ils verront Dieu à travers les autres. » Ensemble, heureusement, nous sommes de la foule des baptisés, grimpeurs par le Christ vers le sommet du bonheur. Recevons dans cette eucharistie la force d’avancer.

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Abbé François Bidaud