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La bûche de Noël de Jésus Homélie Noël SL 2009

Chers amis, je ne voudrais pas que vous me confondiez avec le curé des « lettres de mon moulin », plus préoccupé par les agapes à suivre que la célébration que nous vivons, mais je me permettrais pourtant d’évoquer devant vous la bûche de Noël. Mais attention, ne vous trompez pas. Je ne vous parle pas de dessert, mais de ce que nous appelons dans un langage très familier, une bûche, ou un gadin, une chute quoi. Or s’il y en a un qui se prend un beau gadin, s’il y en a un qui se prend la bûche de Noël, c’est bien Jésus. Quelle descente, quel abaissement, quel changement de point de vue et le voici désormais non plus au-delà des étoiles, mais bien dans une position terre à terre, ‘couché dans une mangeoire’. Vous attendiez de ma part un propos éminemment spirituel qui vous élève, et voici que je vous plonge dans des préoccupations bassement matérielles. J’en conviens, et pourtant, j’espère vous tenir un propos tout à fait chrétien en ce Noël, un propos qui prend au sérieux pour nous le geste même de Dieu qui envoie son Fils, celui pour Jésus, comme le dit Saint-Paul aux Philippiens de renoncer à son droit d’être traité à l’égal de Dieu pour être reconnu comme un homme. Et Saint-Paul ne s’arrête pas là car il évoque d’autres bûches, d’autres gadins, ceux que la tradition populaire a retenu dans nos chemins de croix. Au soir de la passion, Jésus tombera et nous n’aurons plus trop envie d’en rire ; par trois fois, il tombera. Et Paul l’exprime ainsi ‘’il s’est abaissé jusqu’à la mort et la mort sur la croix’. Pourquoi évoquer ces embûches ? Si ce soir Dieu fait une descente sur notre terre, ce n’est pas pour nous enfoncer, bien au contraire, c’est qu’il vient nous rejoindre dans nos propres embûches, c’est qu’il vient nous relever de nos propres chutes. Dieu descend au plus profond de nos abîmes pour nous en retirer. Car lui le Christ vrai homme est ressuscité. Et ce fils de Dieu ne vient vers l’homme que pour le tirer du côté de Dieu. « Aujourd’hui vous est né un Sauveur », un Sauveur ! Il vient nous guérir de nos simples ecchymoses comme de nos blessures plus profondes. Il vient pour toi meurtri par une séparation, un deuil, une épreuve trop lourde ; il vient pour toi qui te sens isolé dans ton quartier ; il vient pour toi enfermé dans tes doutes ; il vient pour toi homme de bonne volonté qui cherche simplement à faire le bien ; il vient pour toi chrétien qui veut retrouver le dynamisme pour partager la foi, qui vient puiser l’énergie de vivre une solidarité vraie. Il descend en toi pour t’offrir l’espérance, cette capacité à se relever, à repartir, à recommencer, à rebondir. Il est lumière pour les peuples de la longue nuit. Il est libérateur de nos chaînes intérieures. Il est l’homme par qui nous apprenons à vivre divinement enfin. Et comme pour Abraham, Samuel et Marie, il fait aujourd’hui irruption dans notre vie. Alors j’espère que vous ne m’en voudrez pas trop en évoquant la bûche de Noël d’avoir essayé d’éviter la langue de bois. Et quand par bonheur, vous goûterez aux saveurs délicates de votre dessert de Noël, n’oubliez pas de rendre grâce, pour la chance de pouvoir vous nourrir, pour le savoir-faire du pâtissier ou de la pâtissière, pour le Dieu créateur qui nous comble de ses dons à accueillir sans excès inutile. Mais s’il vous revenait à l’esprit cette histoire chrétienne, incarnée, de bûche de Noël, rendez surtout grâce à Celui qui nous sauve par sa bûche mémorable, et demandez-lui simplement de faire grandir en vous le désir de savourer chaque jour ce qui a goût d’éternité, cette capacité à regarder la vie avec espérance, à saisir la main de ceux qui tombent, à semer une joie de vivre et de croire qui relève le goût de nos journées. Alors ce serait divin.

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Abbé François Bidaud