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Homélie Jeudi saint 1° avril 2010 Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115(116b) ; 1 Co 11, 13-26 ; Jn 13, 1-15

En ce 1° avril, à défaut de blague, l’équipe qui a préparé cette célébration du jeudi saint vous a tendu un piège. Habituellement, pour parler de la messe à partir de ce que nous voyons, nous pouvons parler de deux tables : celle de la Parole. Et Dieu sait si sa Parole est nourrissante. Celle de l’Eucharistie. Or voici qu’à côté de la table de la parole, deux autres tables sont dressées. Celle qui s’étend dans la nef qui nous fait penser aux tables de nos banquets de fête, et celle plus habituelle du chœur que nous appelons aussi autel. Et c’est bien là que tout à l’heure les offrandes dispersées pour l’instant sur la 1° table seront rassemblées. Pourquoi un tel aménagement ce soir ? Pour essayer de conjuguer deux réalités fortes qu’il est bien facile d’opposer, et pour mieux accueillir une troisième réalité décisive. Quelles sont les deux premières réalités pour notre foi ? Quand Jésus laisse le signe qui fera mémoire de lui, qui lui donnera d’être présent au milieu de son Eglise, il est bien autour d’une table, au cours du repas pascal. Il mange. Il boit et invite à faire de même. Mais si nous appelons cette table autel, c’est dire qu’il s’agit aussi d’un sacrifice, c’est-à-dire d’une offrande, d’un don qui nous tourne vers Dieu et qui nous fait recevoir en échange le don de Dieu. Creusons un peu et croisons surtout ces deux sens. Heureux sommes-nous ce soir de partager le repas de l’eucharistie. Car en nous laissant ce signe Jésus se montre bien humain, et nous aimons vivre cette convivialité, cette manière de partager le pain, d’être copain. Et nous savons combien nos communautés, nos paroisses, notre Eglise se renforcent quand nous communions au pain partagé. Mais heureux sommes-nous aussi d’être associés au sacrifice du Christ, non pas à une simple offrande comme dans le culte de la 1° alliance, ces offrandes qu’il fallait sans cesse répéter sans être sûr de leur efficacité à nous mettre en pleine communion avec Dieu. Non, il s’agit d’entrer dans la dynamique de la vie du Christ. Selon Saint-Jean, Jésus, à l’heure de passer de ce monde au Père, sachant qu’il vient de Dieu et qu’il retourne à Dieu va poser un geste décisif d’offrande de lui-même, un geste inouï, celui du lavement des pieds. Dans ce geste, Jésus prépare ses disciples au don ultime de sa personne jusqu’au bout, jusqu’à la croix. Il n’a pas attendu la croix pour s’offrir, c’est durant toute son existence qu’il aura payé de sa personne, qu’il aura donné, offert, guéri, consolé, aimé, mais ici, l’amour va jusqu’à l’extrême, une fois pour toutes. No limit, diraient les jeunes. Pourquoi conjuguer ces deux sens, repas convivial et sacrifice sous forme d’offrande ? Si nous en restons au repas, nous risquons d’oublier vers qui Jésus nous conduit. L’eucharistie ne renforce pas simplement notre fraternité, elle nous en dit l’origine et la source, l’amour du Père révélé en Jésus dans la communion de l’Esprit. Humanité du repas pour accueillir la divinité de Celui qui nous invite et qui nous dépasse. Si nous en restons au sacrifice, à l’offrande, nous risquons d’oublier que ce Dieu vers qui Jésus conduit est celui qui en son Fils vient vers l’homme, vient en l’homme et pour tout homme, toute femme, tout enfant.

L’eucharistie, c’est un repas dans lequel se vit un sacrifice, l’offrande de toute la vie du Christ. L’eucharistie, c’est une offrande de la vie vers Dieu, qui en retour, par le Christ, se donne en nourriture, en pain vivant à partager fraternellement.

Mais si nous en restons à la célébration de l’eucharistie, nous n’allons pas jusqu’au bout de l’appel du Christ. C’est ici que le lavement des pieds, troisième signe pour notre foi prend sens. Il nous tourne vers les autres, vers ce monde Vivre l’eucharistie, c’est être appelés comme le Christ à déposer son vêtement, c’est-à-dire à offrir à notre tour notre vie, à vivre ce sacerdoce des fidèles qui nous pousse à nous donner, à vivre la charité au quotidien. Vivre le repas de l’eucharistie, c’est recevoir une nourriture pour partager notre vie, notre énergie, notre amour au quotidien. L’eucharistie nous nourrit et nous appelle à offrir le meilleur de nous-mêmes pour former une Eglise de témoins du Christ serviteur pour bâtir un monde solidaire. Dans ce que des frères prêtres et des laïcs ont vécu dans les jours qui ont suivi la tempête Xinthia, il y a eu ce signe posé du service. L’Eglise n’a pas commencé par parler ; elle a commencé par être là, au plus près des gens. Olivier Bléneau racontait lundi dernier devant les prêtres et diacres et leurs épouses comment il s’est senti inutile, submergé par la souffrance des familles venant reconnaître leurs proches au funérarium. Mais dans cette écoute gratuite, dans ce service où Olivier a donné de sa personne, avec les autres bénévoles, une espérance a pu se dire. Nous pouvons être attaqués quand certains d’entre nous ont des comportements contraires, si contraires à l’évangile. Et comment ne pas entendre la souffrance exprimée ? Mais, il y a aussi, tous ces témoins anonymes de la charité, actifs, tenaces, humbles et persévérants. En reposant le signe du lavement des pieds, nous écouterons un écrit d’un de ces témoins prêtres, le Père Christian de Chergé, qui a aimé les frères et sœurs d’Algérie jusqu’au bout. Que les signes de ce soir nous donnent de puiser dans ce repas la force de nous offrir jour après jour dans le service des frères et sœurs.