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Homélie du dimanche 10 octobre 2010 Abbé Olivier Monniot

L’évangile de ce jour, tiré de saint Luc, nous invite à franchir une étape dans notre vie de foi et notre vie ecclésiale. A faire un pas de plus dans notre engagement de chrétien… en vivant la mission. Cet évangile tombe bien en ce début d’année où nous prolongeons l’élan missionnaire donné par notre évêque à la suite des assises de la mission. Nous sommes invités à puiser à la source pour tenir et grandir dans la foi, mais aussi pour témoigner et annoncer l’amour de Dieu à tous les hommes. C’est le cheminement que le pape propose aussi aux Jeunes en cette année des JMJ : le 5e et dernier point du message de B XVI pour les JMJ 2011 (avant de lancer l’invitation) s’intitule « soutenus par la foi de l’Eglise, pour être témoins ». Tout un programme.

L’évangile de ce jour nous donne quelques éléments pour comprendre et vivre la mission : L’évangile de Luc peut être considéré comme le voyage de Jésus vers Jérusalem. Voyage non pas seulement géographique ou touristique, mais pour atteindre le but fixé : le salut du monde par la mort sur la croix et la résurrection. Avec l’extrait de l’évangile de ce jour nous entrons dans la 3e étape de ce voyage de Jésus vers Jérusalem. Ce doit être aussi une étape aussi spirituelle pour la communauté pour laquelle saint Luc a écrit son évangile et pour nous aussi. Il s’agit de faire entrer la communauté des chrétiens, qui maintenant ont acquis une maturité dans la foi, dans l’étape suivante qui est celle de la mission. Après avoir découvert, intégré et assimilé le message du Christ, cette communauté (et nous aussi) est invitée à annoncer ce message au monde.

« Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la Samarie et la Galilée. » Alors que Luc avait déjà montré le mauvais accueil d’un village de Samarie au chapitre 9, cette précision n’est pas seulement géographique mais ouvre la mission du Christ à toutes les nations. Et nous invite nous aussi à regarder autour de nous pour nous ouvrir et vivre cette mission. Ce n’est pas parce que quelques uns n’ont pas accueilli Jésus, qu’il faut se taire et ne pas l’annoncer à ceux qui pourront l’accueillir a présent ! A la différence de l’histoire dans le village de Samarie, Jésus rencontre un certain accueil. Cela montre aussi qu’on ne fait pas découvrir Dieu à un village de Samarie tout entier, mais à un samaritain… la démarche est personnelle.

« Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. » Jésus vient à la rencontre des lépreux, mais les lépreux aussi viennent vers lui. Dans la mission il faut savoir aller vers les autres, être présents à eux, ne pas être trop loin. Il ne s’agit pas forcément de dire d’emblée la foi. Jésus n’a pas ouvert la bouche avant que les lépreux viennent à lui. Mais il pouvait être reconnu comme celui dont on avait entendu parler… de même pour nous il s’agit d’être identifiable comme chrétien, sans prétention, sans orgueil et sans fausse modestie, pour que notre entourage puisse faire le pas de nous interroger sur la foi. Notre vie, nos actes, notre « style de vie », notre « art de vivre » en tant que chrétien doit nous permettre d’être cette présence de Dieu au milieu du monde, le sel de la terre dont parle l’évangile, la lumière que l’on repère. La mission, sauf pour quelques occasions, n’est pas d’aller premièrement faire du porte à porte, mais commence par cette présence humble et aimante (présence différente de celle du monde) à nos proches, à ceux qui nous entourent dans la vie quotidienne. Jusqu’à ce que naisse un dialogue…

« ils s’arrêtèrent à distance » Bien qu’ils viennent à Jésus, « ils s’arrêtèrent à distance ». car ils sont aux yeux de la société des « exclus ». La loi leur interdit de s’approcher des autres à cause de la contagion. Il ne leur reste plus qu’à crier « Jésus, maître, prends pitié de nous. » C’est le cri de celui qui est dans une situation de détresse, coupé de relations normales. 3 cris : « Jésus » : cet homme qui est capable de compatir, de comprendre leur souffrance. « Maître » : alors qu’ils ne sont pas des disciples du maître, ils reconnaissent la véracité, la vérité de son enseignement. « Prends pitié de nous » : c’est une confession de l’impuissance de l’homme et de la grandeur de l’amour miséricordieux de Dieu.

Jésus leur demande de respecter la loi en allant se montrer aux prêtres, et c’est ainsi que chemin faisant ils furent guéris. Leur foi dans les paroles du Christ, l’obéissance à la loi (pour nous chrétiens, on dirait aux commandements du Christ et de l’Eglise), leur a permis de recevoir cette guérison, pour ne plus être exclus de la communauté des fils de Dieu.

L’histoire pourrait s’arrêter là. Sur une happy end… sur le don de Dieu, le don de la guérison et le don de la foi que Jésus souligne à la fin du dialogue : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. » Mais ce don de la foi, invite à agir en conséquence. Seul le lépreux samaritain (hérétique aux yeux des juifs), revient et se jette face contre terre. En se prosternant, il reconnaît la grandeur de Dieu, il reconnaît qu’il vient de recevoir une grande grâce, la guérison, mais aussi la foi. Cette foi qui porte le salut. Les 10 lépreux avaient une foi naissante (Jésus peut peut-être faire quelque chose pour nous), elle leur a permis de vivre ce moment particulier de rencontre avec Dieu, avec le Christ, mais seul un sur dix a prolongé cette rencontre de Dieu par des actes cohérents en venant se prosterner devant Jésus. Seul un sur dix a vraiment exprimé une foi profonde suite à cette révélation de Jésus comme Fils de Dieu. Et Jésus le souligne : « va ta foi t’a sauvé. » Cette démarche du lépreux samaritain est un exemple pour nous à deux titres : Il a su faire fructifier ce qu’il avait reçu. Cette foi, peut-être encore plus petite qu’une graine de moutarde, est devenu graine de moutarde chez lui. Prenons-nous les moyens de grandir nous aussi dans notre foi ? Un lépreux sur dix a vraiment reconnu qui est Jésus… les autres l’ont peut être pris pour un guérisseur quelconque un peu religieux… Si Jésus n’a touché le cœur que d’un lépreux sur dix, pourquoi voudrions-nous que nos paroles et nos actes convertissent d’emblée les foules ?… Sachons vivre la mission avec humilité. Sachons cependant être présents au milieu de notre monde, sachons aller à la rencontre de ceux qui ne semblent pas croire, non pas pour asséner une vérité, ou imposer notre foi, mais pour permettre, selon le dessein de Dieu, des rencontres, des échanges qui permettront peut-être à un parmi cent autres de découvrir l’amour miséricordieux de Jésus.

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Abbé Olivier Monniot