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Homélie Toussaint SL 31 10 et 01 11 2010 Ap 7, 2-4. 9-14 ; Ps23 (24) ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a

Ces derniers jours, au coeur de la ville, il y avait foule aux différentes manifestations contre le projet de réforme des retraites. Pourquoi évoquer cette foule ? N’ayez pas peur ! Je ne vais pas me lancer dans une analyse politique de la situation française. L’espace d’une homélie n’y suffirait pas. Mais comme chrétiens, nous pouvons en cette fête de Toussaint regarder les foules d’aujourd’hui, d’hier et de demain. La foule qui se masse est une force qui se fait entendre, qui rassemble des gens divers, aux motivations variées. Quand elle est nombreuse, elle dit quelque chose d’un souci pour vivre ensemble. Et c’est bien ce souci qui peut retenir notre attention. En quoi l’évangile peut éclairer notre manière de vivre ensemble de manière heureuse, comme une invitation à un bonheur partagé ? Au début de l’évangile que l’Eglise nous donne d’entendre à chaque fête de Toussaint, il y a cette foule. C’est ’quand Jésus voit toute la foule qui le suivait’ qu’il prend la parole et vient instruire, enseigner cette foule. Cette foule sur la montagne ressemble aux foules de tous les temps, elle nous ressemble. Elle est composée de gens divers dans les évangiles, d’âge différent, de situation sociale différente, il y a des bien portants et des malades, des riches et des pauvres, des personnes cultivées et des illétrés. Belle tranche d’humanité, bigarrée, cosmopolite. Elle est foule, difficilement controlable et pourtant versatile, manipulable comme au jour du vendredi saint où quelques leaders la convaincront de crier ’à mort’ pour obtenir la condamnation de Jésus. Elle est foule où chacun y vient présenter sa requête, son intérêt particulier mais dans un ensemble qui n’a pas encore pris corps même s’il a en commun, ce qui n’est pas rien, de suivre Jésus. Or, ce que Jésus va dire, va changer la donne. Prenant la parole, mieux se donnant comme la Parole, il va comme Moïse au Sinaï,et mieux que lui encore transformer cette foule en peuple de Dieu, en peuple de la nouvelle alliance. Chacun va entendre pour lui-même une des béatitudes car elle rejoint différents traits de personnalité, différents tempéraments, l’un est assez humble pour se reconnaitre pauvre de coeur, ouvert à la présence de Dieu, un autre sait préferer la douceur à la violence, un autre sait se lever pour crier à l’injustice et sait se battre pour y remédier, un autre a le regard assez clair pour discerner l’oeuvre de Dieu, ses appels au coeur de la vie, tel autre saura témoigner de sa foi même au coeur de la contestation, de la persécution. Mais si chaque béatitude rejoint chaque personne, le bonheur qui s’y dévoile ne se reçoit qu’ensemble, lié à d’autres, reliés aux autres frères et soeurs, solidaires de toute l’humanité. Nous qui sommes rassemblés pour cette célébration, entendons que l’appel de Jésus nous lie les uns aux autres, nous rend frères et soeurs. L’évangile ne nous promet pas un petit bonheur individuel que chacun construirait avec sa petite béatitude dans son coin. Non, c’est un appel à vivre un bonheur ensemble lié les uns aux autres et avec qui exactement ? D’abord avec Dieu. Celui qui vit la béatitude a la lucidité de croire qu’il ne suffit pas à lui-même, qu’il reçoit la vie de Dieu, qu’il a besoin de sa force, de sa paix, de son amour pour marcher sur les routes de la vie. Heureux celui qui sait compter sur Dieu pour compter plus sûrement sur lui-même. Nous voici liés à ceux qui partagent notre existence, dans la famile, dans une nation, dans le monde. L’appel au bonheur est universel ; il nous rend frère et soeur de toute personne en rejetant l’indifférence en incitant à des choix de partage pour le développement de tous les peuples. Nous voici reliés à ceux qui nous ont précédés. Ceux que nous avons aimés et que nous aimons encore même si nous souffrons de leur absence. Nous sentir liés à eux ne doit pas nous empécher de chercher le bonheur même sur cette terre. Nous serons mêmes plus fidèles à leur mémoire et à ce qu’ils sont devenus près de Dieu, si nous cherchons à vivre un bonheur selon Dieu auquel ils sont associés désormais de manière plus intense. Nous voici liés à ceux qui ont vécu de l’évangile, saintes et saintes qui nous montrent que vivre des béatitudes est possible dans le concret des jours. En ces dernières semaines, la foule se déplace pour voir le film ’des hommes et des dieux’. Les 7 moines de Thibérine dont le film relate l’itinéraire spirituel jusqu’ à leur mort ne sont pas encore officiellement saints selon l’Eglise. Mais si nous n’avons pas tous la vocation au martyre, nous pouvons nous inspirer de ce qu’ils ont vécu. Ils n’ont rien fait d’autre que tenir bon là où la vie les avait placés. Ils ont compté les uns sur les autres, ils ont puisé leur force dans la prière, ils ont aimé ceux vers qui ils étaient envoyés. Les voici parmi la foule des témoins qui ont traversé la grande épreuve. Ils sont associés à la mort et à la resurrection du Christ, heureusement. Heureux-sommes-nous si dans notre vie jour après jour, comptant sur Dieu et aimant les autres que nous rencontrons, nous cherchons le bonheur en tenant bon là où la vie nous a placés, sans tambour, ni trompette, simplement là, présent, veilleur, vivant dans la confiance des enfants de Dieu. Heureux-êtes-vous vous qui tenez bon malgré la maladie de ce proche qui vous épuise. Heureux-êtes-vous vous qui tenez bon, qui reprenez peu à peu goût à la vie en traversant les hauts et les bas de toute épreuve de deuil Heureux êtes-vous vous qui cherchez le dialogue qui construit dans votre famille malgré les conflits Heureux êtes-vous vous qui vous lever nuit après nuit pour consoler votre enfant qui pleure. Heureux êtes-vous vous qui tenez bon dans la prière jour après jour pour poter vers Dieu la vie du monde. Heureux-sommes nous de célébrer le Christ resuscité. C’est par lui que le bonheur prend corps en nos vies.

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Abbé François Bidaud