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Homélie 31° dim ordi C 30 et 31 10 10 SL SP Sag 11, 23-12, 2 ; Ps 144 (145) ; 2 Th 1, 11-2, 2 ; Luc 19, 1-10

Dans mon ministère de prêtre, j’entends assez souvent des personnes en attente d’écoute confrontées à trois types de souffrance dures à porter et qui peuvent être éclairées par la parole de ce jour. Quelles souffrances entendues ? Celle de parents qui se demandent ce qu’ils ont fait ou plutôt mal fait quand ils voient les choix de leurs enfants, choix affectifs, choix d’une apparente indifférence vis-à-vis de la foi, notamment. Souffrance qui culpabilise en donnant l’impression d’avoir mal fait. Il sera donc éclairant de regarder comment Dieu fait vis-à-vis de ceux qui semblent loin de ses choix, de son amour. Autre souffrance, celle de personnes ayant un moment ou un autre fait une grosse bétise, commis un acte dont ils se rendent compte au fil des ans combien il a été contraire à leur aspiration la plus profonde, à leur choix de vie. On peut s’enfermer dans le silence tentant d’oublier ce qui pourtant continue de marquer sa vie. Mais faut-il rester bloqué sur cet échec ? Comment Dieu fait avec ceux qui se sont écartés lourdement de son amour et de l’amour fraternel ? Autre souffrance encore, celle de la difficulté à pardonner tellement on se sent humilié. Ce qui a été commis nous semble impardonnable ou plus souvent encore nous faisons l’expérience que nous voudrions pardonner mais qu’il reste au fond du coeur cette rancune, cette amertume qui nous pourrit la vie. Comment Dieu fait-il lui pour pardonner ? Voilà qui peut nous éclairer.

Dans les textes de ce jour, je ne m’attarderai pas trop sur le chemin de Zachée qui venant par curiosité voir Jésus accepte de l’accueillir quand il s’invite chez lui et s’en trouve bouleversé, converti, offrant généreusement la moitié de ses biens aux pauvres et rendant quatre fois à ceux qu’il a volés. Belle conversion ! Mais comment a t’elle été possible ? Comment Jésus s’y prend il ? Comment Dieu s’y prend-il avec le pécheur ?

Ecoutons de plus près le sage de la 1° lecture qui nous dresse un beau portrait de Dieu au coeur de la prière. ’Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout.’ Le sage nous donne de contempler l’amour de Dieu qui s’étend sur toute personne, preuve de son amour large. Preuve aussi de la force de Dieu ; Tu as pitié parce que tu peux tout’. Au yeux du sage la capacité à offrir l’amour qui pardonne n’est pas aveu de faiblesse mais une vraie force. Et l’expérience nous apprend effectivement qu’il est plus facile de ne pas pardonner, de rester enfermés sur sa rancoeur, plutôt que d’ouvrir la porte à l’autre, d’offrir son pardon. Jésus témoigne de cette force dans la liberté qu’il prend à aller visiter celui qui est considéré par la foule comme un pécheur. Il en faut parfois de la force et du courage pour continuer d’accueillir celui qui est pécheur, pour oser s’inviter chez lui quand bien même on a des reproches à lui faire. Il est possible qu’à celui qui croit, qu’à celui qui prie, Dieu offre la force d’ y aller, de faire ce 1° pas qui coûte tant. Ainsi Dieu se révéle fort dans sa capacité à pardonner. Mais inspirons-nous aussi de sa manière de faire que décrit le sage. ’ Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis’. Nous pourrions méditer longuement sur ce ’peu à peu’. Dieu ne s’impose pas avec colère, il s’approche ’peu à peu’ parce qu’il sait que le pécheur comme celui qui a subi le péché est une personne blessée, meurtrie, alors Dieu prend son temps, Dieu patiente pour que ce qui est blessure puisse cicatriser, pour que le pécheur comprenne que son retour ne sera pas humiliant. Mgr Garnier avait cette belle formule : ’Dieu convertit l’humiliation du coupable en humilité du pécheur.’ Dieu ne se contente pas de condamner le péché, il restaure la confiance du pécheur pour qu’il vive. Comme Zachée qui enfermé dans son statut de pécheur va devenir généreux donateur. Car voilà bien l’habileté de Dieu. ’ tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils péchent, pour qu’ils se détournent du mal, et qu’ils puissent croire en toi Seigneur’ ; Non Dieu n’est pas naïf. Dieu rappelle au pécheur ce qu’il a fait de mal, pour faire la vérité, pour devenir lucide sur sa vie, pour éviter de commettre les mêmes erreurs, d’emprunter les mêmes chemins qui finissent par le péché. Mais Dieu cherche d’abord à ce que notre foi en lui se déploie, que nous renoncions au mal et à la mort pour choisir la vie avec lui, par lui, en lui, Dieu. ’ Zachée, il faut que j’aille demeurer chez toi.’ Quand Dieu fait la vérité, il la fait jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à redire combien il attend, il espère toute personne. Le pardon offre la chance d’une vie renouvelée en Dieu. Quand vous accueillez l’enfant qui s’est égaré chez vous, quand vous acceptez humblement le pardon donné ou à donner, du neuf peut enfin advenir. La vie en est renouvelée, la fraternité humaine est à nouveau possible. Rendons grâce dans cette eucharistie à Dieu qui crée en nos vies les chemin du pardon qu’on croyait impossible. Patiemment, par sa grâce, sa miséricorde, il nous recrée pour accueillir sa vie, pour demeurer en nous, pour habiter nos maisons et nos communautés.

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Abbé François Bidaud