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1/Les psaumes, prière du Christ et de l’Eglise

Nous savons que Jésus a prié les psaumes avec ses disciples. Les évangiles le disent explicitement : « Après le chant des psaumes, ils (Jésus et ses disciples) partirent pour le mont des oliviers » (Mt 26,30). Les psaumes étaient abondamment utilisés dans la prière juive. A chaque fois que Jésus s’est rendu en pèlerinage vers le temple de Jérusalem, avec ses parents ou avec les disciples, il a récité les psaumes des montées (ps 120 (119) à 134 (133)). Pour les fêtes juives (la fête de la pâque en particulier) il a sûrement récité le hallel (ps 113 (112) à 118 (117)). Quelle profondeur spirituelle de savoir que Jésus a lui-même prié ces textes !!! De plus, de manière prophétique, les psaumes ont exprimé la prière de Jésus (ps 22 (21) que prononce Jésus sur la croix en Mt 27,46), ou annoncent le Christ (ce que fait le Ps 110 (109)). Cette lecture christologique des psaumes, Jésus la faite lui-même avec les disciples d’Emmaüs : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit dans la Loi de Moïse, les prophètes et les psaumes » (Lc 24, 44). Les psaumes, prière de l’Eglise C’est pour cela l’Eglise a reçu, expliqué et prié le psautier comme étant une prophétie concernant le Christ et l’Eglise. C’est ce motif, ainsi que l’héritage de la prière juive, qui a conduit l’Eglise à donner une place centrale au psautier dans la liturgie. Le livre des psaumes est le seul livre qui soit lu tous les jours de l’année à la messe. Il donne aussi corps à la prière des heures (le bréviaire) à laquelle se sont engagés les consacrés, prière qui est aussi proposée à tout fidèle.

2/Le problème des versets imprécatoires

La prière des psaumes peut parfois nous décontenancer car au détour de tel ou tel psaume nous trouvons des demandes de châtiment, ou de souhait de malheur envers les ennemis (ce qui s’appelle de l’imprécation). Comment concilier cela avec le commandement de Jésus d’aimer ses ennemis ? Par exemple, le psaume 2 dit à propos des nations et des rois étrangers : « Tu les détruiras de ton sceptre de fer, tu les briseras comme un vase du potier. » (Ps 2,9) (psaume prié le 2e lundi et 4e vendredi de pâques à la messe). Ailleurs de nombreux psaumes demandent que les ennemis, les adversaires ou ceux qui haïssent soient châtiés ou détruits. La liturgie pour ne pas choquer a supprimé les psaumes où apparaissent majoritairement ces sentiments… mais en a conservé quelques passages. Alors comment prier ces quelques versets ? Ils demeurent le témoignage d’une expression de foi : face à l’ennemi et à l’oppresseur, Dieu intervient. Ils nous rappellent aussi que notre prière n’est pas uniquement constituée de belles pensées angéliques, mais qu’elle présente aussi à Dieu notre humanité avec ses aspérités, ses difficultés, voire ses violences intérieures. De tels versets nous permettent de nous associer au cri de l’opprimé, mais aussi de crier nous même vers Dieu… et ils ont pédagogiquement une vertu de catharsis, c’est à dire de purgation des passions. Ne vaut-il pas mieux dire ces psaumes et ensuite accueillir l’apaisement de la prière que de se venger soi-même ? Ainsi saint Paul dit à propos de ceux qui n’ont pas reconnu Jésus comme étant le Messie : « Que leur repas devienne pour eux (…) un juste châtiment ; que leurs yeux s’obscurcissent (…), fais-leur sans cesse courber le dos » (Rm 11,9-10 citant Ps 68 (69), 23-24). Et juste après il entrevoit, malgré cela, le relèvement de ces personnes « Israël aurait-il trébuché pour ne plus se relever ? Non, bien sûr ! » (Rm 11,11) 3/ une réponse de l’assemblée à chanter

La version grecque de l’Ancien Testament a donné un autre nom à ce livre : Biblos psalmon ; ce qui a donné en français le livre des psaumes. Le psalterion est une sorte de cithare (un instrument à corde pincée). Cela indique qu’il s’agit de textes écrits pour être chantés et accompagnés d’un instrument. C’est pourquoi la traduction liturgique a voulu garder une traduction poétique favorable au chant. Vous aurez peut-être remarqué que le thème du psaume correspond toujours à celui de la première lecture. La liturgie romaine, dans sa forme ordinaire, a été pensée comme un dialogue entre Dieu et son peuple, vécu à travers le dialogue entre le prêtre ou les lecteurs, d’une part, et l’assemblée, d’autre part.. Ainsi le psaume est une réponse de l’assemblée à la parole de Dieu qu’elle vient d’entendre dans la lecture. De même le Credo sera la profession de foi de l’assemblée en réponse à l’évangile et à l’homélie qu’elle vient d’entendre. Le Sanctus (Saint, Saint, Saint le Seigneur) est une prière d’adoration et de louange de l’assemblée en réponse à la préface qui est une prière de louange dite par le prêtre. Pour que toute l’assemblée puisse faire sienne la réponse à la première lecture par le chant du psaume, celui-ci est souvent recopié sur vos feuilles de messe, et suivant les dimanches vous êtes invités à chanter soit uniquement le refrain, soit deux lignes de chaque strophe, soit une strophe sur deux, soit tout le psaume après la strophe chantée par l’animateur...

4/Les psaumes sont regroupés dans notre Bible en un livre. A l’origine, ils ont été écrits en hébreu et ont pour titre Tehilim ce qui signifie les louanges. Ces poèmes, que sont les psaumes, sont donc une louange à Dieu, bien qu’en maints endroits ils expriment le cri de l’homme face à la souffrance et aux difficultés quotidiennes. Mais les psaumes rappellent sans cesse que Dieu est présent aux côtés du croyant et que la loi de Dieu est là pour guider l’homme. (Relisez le psaume 22 (21) dans son entièreté) Ainsi, le livre des psaumes nous redit que la vie est plus forte que la mort, qu’en Dieu la louange aura le dernier mot. On peut noter aussi la présence relativement importante de mots évoquants la loi de Dieu : « la loi du Seigneur », « les exigences », « les préceptes », « les commandements », « la parole », « les volontés »… (Relisez le psaume 118 (119) ou le psaume 1) Cela nous rappelle que cette louange ne peut naître en dehors d’un refus délibéré du mal et de notre décision de lutter pour vaincre ce mal. Nous essaierons, durant l’Avent 2010, de découvrir la richesse des psaumes à propos desquels André Chouraqui écrit : « Nous naissons avec ce livre aux entrailles, un petit livre. 150 marches érigées entre la mort et la vie, 150 marches de nos morts et résurrection, … il vous prend et vous emporte vous et les siècles des siècles… Il recèle un mystère… le monde s’y est reconnu. Comme il narre l’histoire de tous, il est devenu le livre de tous... Les psaumes ont su parler dans toutes les langues, tous les jours. Depuis deux millénaires les couvents et les ghettos se retrouvent chaque jour pour psalmodier ces textes… »