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Homélie 1° dim de Carême A SL 13 03 11 Gn 2, 7-9 ;3, 1-7a ; Ps 50 (51) ; Rm 5, 12-19 ;Mt 4, 1-11

Quelle idée a donc l’Esprit-saint d’envoyer Jésus au désert pour être tenté ? C’est bien ’tenter le diable’ comme dit l’expression populaire ? Pourquoi Jésus se laisse ainsi conduire près du démon ? Eh bien c’est pour nous, uniquement pour nous. Jésus va traverser ce que l’humanité a traversé dès les débuts de notre histoire. Jésus va s’affronter aux mêmes combats que tout homme, que toute femme. Et là où nous nous prenons les pieds dans le tapis, comme Adam et comme Eve, Jésus lui nous ouvre un chemin de vie, celle du vrai combat spirituel, selon l’Esprit-saint. Comment vaincre ? Déjà en ne se laissant pas abuser par le jeu de l’adversaire. Comment nous piège t’il ? Il agit sur nos points de fragilité et est un fasificateur. Il repère nos fragilités, nos points faibles. Il s’en prend à Jésus quand il commence à éprouver la faim. Jésus éprouve un manque, il a un vrai besoin. C’est souvent aussi quand nous nous sentons en manque de quelque chose dans notre vie que le démon s’insinue : manque de posséder quelque chose qui nous rend envieux, manque de reconnaisance qui nous fait désirer un pouvoir, manque de connaissance qui nous fait désirer savoir de manière malsaine, ou qui nous fait inventer une histoire pour laisser paraitre qu’on sait. Or le manque fait partie de la vie, de notre condition de créature pour avancer dans la vie, se projeter. Sans manque, nous serions faussement comblés, saturés plus que comblés. Avec Eve, le serpent joue sur la limite, celle que Dieu a fixé pour qu’une vraie relation se noue, celle figurée par cet arbre que l’homme et la femme ne peuvent manger. Quand nous sommes de grands enfants ou des adolescents attardés, nous aimons à dépasser la limite, à jouer avec l’interdit et le serpent focalise sur la limite et nous empéche de voir le jardin dans son ensemble où Dieu a pourtant donné de quoi vivre. Pire, le démon est falsificateur, et la femme s’en rend compte. Il prétend que Dieu a interdit tous les arbres alors qu’il n’en garde qu’un seul hors de la portée de l’humanité. Avec Jésus, il prétend s’appuyer sur l’Ecriture mais de manière fausse comme un défi. C’est comme un enfant qui dit ’t’es pas cap’. Pire, il veut imposer à Jésus sa manière d’être Fils de Dieu comme homme de pouvoir, qui maitrise tout. Jésus ne se laisse pas pièger. Comment est-il vainqueur ? Il s’appuie sur la parole, il l’écoute, il la garde, il en fait sa nourriture. L’homme ne vit pas que que pain, d’avoirs, il grandit par une parole reçue, qui ouvre à la vie. Ecouter c’est la même racine qu’obéir : obéïr, c’est d’abord écouter. Jésus se nourrit de cette relation d’écoute, d’obéissance à son Père, là où Adam s’était éloigné de la parole dite avec Dieu, de ce qui avait été dit entre eux, de l’interdit. Saurons-nous pendant ce carême renouveler notre écoute de la Parole pour qu’elle nous soit plus familière, plus intérieure, de manière à inspirer nos vies même quand les choix sont plus difficiles, quand la tentation est forte. Jésus ouvre un chemin d’écoute qui est chemin de vie. Jésus est vainqueur en refusant d’éprouver Dieu, de le mettre à l’épreuve, comme s’il fallait des preuves pour aimer Dieu, pour croire en lui. Il est des situations où Dieu semble loin, où Dieu semble silencieux, mystère du mal, des catastrophes naturelles, mais Jésus au coeur même de la passion choisira la confiance, choisira d’aimer jusqu’au bout. Et s’il redit avec le croyant ’ Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné’, il peut dire avec lui à la fin de la prière une chant d’action de grâce, de confiance filiale. Ce carême est le temps favorable pour se fier à Dieu, lui donner foi.

Jésus est vainqueur par un attachement radical au Père, une prière d’adoration où tout son être reconnait Dieu comme source de vie et d’amour. Prière où nous reconnaissons la grandeur de Dieu, et nous voici alors conduits à rendre grâce à Dieu, à le remercier pour son Fils Jésus vainqueur dans l’Esprit saint. Paul reconnait cette démesure de l’amour du Fils bien plus large que la désobéissance d’Adam, comme figure du 1° homme et de tout homme. Ne nous laissons pas sidérer par le mal, ce serait là encore se laisser enfermer par une vision étroite du démon, mais attachons-nous au Christ. Il nous apprend dans l’accueil confiant de la parole à vivre en fils, en fille de Dieu.

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Abbé François Bidaud