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« N’ayez pas peur, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ». Qui ne garde en mémoire ces paroles de Jean-Paul II, premières paroles du pape alors nouvellement élu ? Elles résonnent de manière particulière en ce jour de sa béatification alors que nous venons d’entendre comment le Ressuscité entre au Cénacle, les ’disciples [ayant] verrouillé les portes[...] car ils avaient peur des juifs.’ Le Ressuscité se donne à reconnaitre à celui qui croit : il offre sa paix, il envoie les disciples dans l’Esprit-saint pour témoigner de la miséricorde.

Essayons par quelques touches évocatrices de discerner quelques fruits de paix et de pardon récoltés par le ministère de Jean-Paul II.

Il aura fait son boulot de pontife, de faiseur de ponts contre les murs qui se dressent entre les hommes.

Il fait le pont entre chrétiens de l’Est et de l’Ouest, lui le Polonais, et à force de persévérance, avec le courage du peuple de Pologne, la lucidité d’un Gorbatchev et les conséquences de Tchernobyl, le mur de Berlin finit par tomber.

Il fait le pont entre chrétiens et juifs. Il franchit le Tibre et va rencontrer les juifs dans la synagogue de Rome ; il se recueille près du mur des Lamentations à Jérusalem laissant humblement sa prière de demande de pardon détruisant le mur du mépris.

Il fait le pont entre croyants enseignant la jeunesse du Maroc à Rabat, invitant les croyants à prier pour la paix à Assise, chacun selon sa tradition, sans mélange, ni confusion, ni syncrétisme.

Il franchit les portes de la prison pour visiter son agressseur brisant le mur de la vengeance.

Il crée des ponts entre pays du Nord et du Sud rappelant sans cesse les exigences du bien commun à penser aux dimensions du monde spécialement dans Centessimus Annus en 1991.

De quels peurs faut-il nous guérir encore ? Serons-nous fidèles à l’enseignement des pontifes si nous laissons en Europe par peur construire de nouveaux murs illusoires ? La vieille Europe aurait elle peur de la jeunesse africaine ? Saurons-nous oeuvrer pour le développement là-bas ?

Avec Jean-Paul II, nous voici conduits aussi à voir l’homme en vérité, dans sa vocation divine, dans son inaliénable dignité. Drôle de spectacle lors de ce printemps 2005 que de voir ce pape souffrant, agonisant, inaudible bénir de la fenêtre de sa chambre cette foule en prière ? Indécent ? Mais qu’y a t ’il de décent dans la reconnaissance de Jésus ressuscité par les plaies du crucifié ? Thomas veut passer par là. C’est dans le corps du crucifié qu’il comprend la victoire du Ressuscité. C’est dans le corps de tout être, le plus fragile, le plus blessé , le plus vulnérable que se donne à voir l’inviolable dignité humaine dont Jean-Paul II aura voulu témoigner jusqu’au bout. Dignité de l’enfant à naitre, dignité du malade en phase terminale ; vie toujours plus grande que nous-mêmes tout au long de la vie. En ce 1° mai, rappelons aussi la dignité de toute personne qui travaille, mieux et grâce à Jean-Paul II dans Laborem exercens la reconnaissance que le travail n’est pas qu’une peine due au péché des origines, mais un des lieux où l’humanité s’épanouit jusqu’à participer au mystère pascal de Jésus dans le don de soi pour l’avénement d’un monde signe du Royaume. Décidement le chomage n’est pas bon pour l’homme.

Le Ressuscité ouvre Thomas à la foi, les Actes des apôtres évoquent ce que peut être une vie de foi en communauté. Dans l’héritage de Jean-Paul II, comment oublier les JMJ, ’laboratoires de la foi’ initiant les jeunes au mystère pascal, dans un bain ecclésial d’Eglise universelle, colorée, bigarrée, joyeuse, et où chacun est capable de cette rencontre personnelle décisive avec le Ressuscité ; ’ Mon seigneur et mon Dieu’ ; temps de grâce pour vivre le sacrement de la miséricorde, pour découvrir sa vocation, et pas seulement celle de la vie religieuse ou du ministère de prêtre. J’ai des noms.

Le Ressuscité ouvre à la foi, ouvre un avenir et Saint-Pierre rappelle combien cette foi nous ouvre au salut promis jusqu’à la vision du Ressuscité. Combien d’hommes et de femmes de foi reconnus bienheureux ou saints pour qu’à travers le monde chaque baptisé puisse reconnaitre dans sa culture une figure d’évangile à sa portée ? L’appel universel à la sainteté lancé par le Concile Vatican II résonne avec force donnant à vous autres laics, ’gens des rues ’ comme Madeleine Delbrel aime à vous nommer, de croire que le Ressuscité vous attend dans cette Galilée qu’est ce monde moderne. Là où est votre mission, dans votre famille, dans vos loisirs, dans votrre travail, dans vos épreuves à traverser, là est le lieu de votre sainteté possible. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Bienheureux-sommes nous. Le Ressuscité présent dans son Eglise continue de nous offrir sa paix, sa vie.

Père François Bidaud