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Il y avait deux tasses de café sur une table. Deux tasses, c’est pas grand chose, mais pourtant. Autour du café, les langues se délient, les coeurs s’ouvrent, la peine devient un peu moins lourde, la vie se réchauffe. On en était arrivés à ce café servi, car ce matin là, sur le chemin du travail, de l’école, ou du magasin, peu importe, une personne avait su rejoindre l’autre, s’arrêter pour prendre des nouvelles, et vous comprenez la suite. Emmaüs, un village, oui sans doute mais pas vraiment tant on a du mal à le situer désormais. On n’en n’a pas garder trace. Emmaüs, plutot un chemin, un espace pour une rencontre. Peut-être trouverez-vous mon café un peu tiède en comparaison de la brulure intérieure suscitée par la rencontre du Ressuscité chez ces disciples cheminant vers Emmaüs ? Et pourtant, saurons-nous reconnaitre au coeur de nos vies ces moments où Jésus sans trop se faire remarquer se donne pourtant à celui qui le croit vivant, présent, ressuscité ? Nous aimerions le voir comme vous et moi, en chair et en os, comme au moment des apparitions, et voici qu’il préfère se donner à voir... en chair et en os mais sous les traits de nos frères et de nos soeurs bien présents, bien vivants, mais il nous faut passer, oui passer, vivre la Pâque en le découvrant pain devenu son corps sur cette table pour que nous devenions toujours mieux son corps pour ce monde en attente d’espérance. Le reconnaitre à la fraction du pain, c’est le reconnaitre corps livré, vie donnée, partagée, c’est alors le reconnaitre présent dans nos vies à chaque fois que nous choisissons le don de nous-même, la générosité, le temps offert, le café servi, gratuitement. Mais comment discerner vraiment sa présence ? Depuis Emmaüs, il nous est donné à croire que toute desespérance peut être transformée par le Ressuscité. Plus précisément depuis que Jésus a traversé la souffrance par sa passion, qu’il a subi la mort sur la Croix, que son Père l’ a tiré de la mort, rien n’est à l’abri de l’amour du Ressuscité. Ne fallait-il pas que le Messie souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ? Ne fallait-il pas que le fils de Dieu traverse nos desespérances les plus profondes pour nous en tirer et nous donner de vivre à la louange de sa gloire, dans la reconnaissance des enfants de Dieu ? Mais qui saura dire à ceux qui desespérent que le Vivant les rejoint, sinon nous ? Qui d’autre que nous servira ce café là ? Qui d’autre que nous qui avons reçu le pain vivant servira en réponse, le café à celui ou celle qui cherche espérance ? En accueillant nos amis de Foi et lumière, je pense qu’il est des jours où vous prenez la direction d’Emmaüs. Le coeur peut être lourd quand on apprend qu’un enfant vivra avec un lourd handicap, quand les problèmes de santé s’accumulent, quand les tracasseries administratives vous submergent, quand l’angoisse vous étreint, mais il y a aussi ces paroles échangées en mouvement, ces enfants qui voient la vie autrement, dont la foi plus simple nous invitent à simplifier la notre, dont l’affection hors normes invite à retrouver l’essentiel dans la relation humaine. Et si le Ressuscité se donnait à voir ainsi. Rendons grâce ce matin, c’est Dieu qui sert le repas du pain partagé, plus fort qu’un café. Par la fraction du pain, il nous fait témoins d’une invincible espérance. Comme Pierre nous saurons dire autour d’un café ou d’une autre manière : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. »
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Abbé François Bidaud