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Homélie 29° dim ordi A SL 16 10 11 Mt 22, 15-21

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Nous invoquons souvent cette phrase de l’évangile pour justifier une séparation du spirituel et du temporel, du religieux et du politique. C’est vrai, Jésus ne s’est jamais laissé enfermer dans une logique de messianisme politique. Il n’a pas pris le pouvoir en Israël, il n’a pas chassé les Romains. Rien dans son comportement ne peut justifier que le pouvoir de l’Église s’impose à un pouvoir politique. Mais cette phrase « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ouvre d’autres perspectives à condition de resituer le texte dans son contexte historique. Les pharisiens veulent prendre Jésus en faute et lui tendent un piège en lui posant la question : Faut-il payer l’impôt dû à César ? Où est le piège ? Queque soit sa réponse, il va forcément faire des déçus parmi la foule variée qui le suit. S’il dit qu’il faut payer, on le considérera du côté des partisans d’Hérode, de ceux qui profitent en se servant au passage du paiement de l’impôt, genre de collabos de l’époque pour faire trop simple mais assez clair. S’il dit qu’il faut payer, il se met à dos les zélotes qui boycottent l’impôt versé à l’occupant. S’il dit qu’il ne faut pas payer, il se met à dos les autorités juives et romaines, évidemment.

Que dit Jésus ? Il déplace la question en prolongeant la réponse : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Que veut-il dire ? Jésus ne se place pas sur le registre du permis et du défendu. Simplement, Jésus ne considère pas comme injuste de payer l’impôt dû ; ainsi il reconnaît l’existence réelle des autorités. Et nous verrons comment l’Église a prolongé la réflexion sur les conditions de légitimité de l’impôt. Mais en prolongeant la réponse, rendez aussi à Dieu ce qui est à Dieu, c’est le pouvoir de César qui est relativisé. Aucun pouvoir politique quel qu’il soit ne peut être absolutisé, divinisé. Il est toujours limité par celui de Dieu plus grand que l’homme. La créature quel qu’elle soit se situe humblement devant le Créateur. L’Église ne manquera pas notamment au XX° siècle de critiquer les pouvoirs politiques érigés en absolutisme, nazisme, communisme stalinien, régime de Pol pot, notamment. Cette relativisation du pouvoir politique l’oblige à se laisser limiter par la dignité inviolable de la personne humaine créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Les militants de l’ACAT savent rappeler aux pouvoirs totalitaires cette limite qui leur impose le respect de toute personne. Pouvoir politique légitimé mais relativisé, reconnu mais limité. Comment l’appliquer à la question de l’impôt ? Chers frères et sœurs, réjouissons-nous de payer l’impôt. L’Église dans sa sagesse nous rappelle qu’il contribue par sa logique de redistribution à instaurer une société plus juste, plus équitable en vue du bien commun, c’est -à-dire pour permettre à chaque personne de trouver les moyens nécessaires pour son accomplissement dans les relations sociales. Sans doute nous faut-il rappeler ce rôle de solidarité de l’impôt quand nous le payons de manière directe ou indirecte. L’Église, toujours aussi sage, a donné quelques critères pour que l’impôt soit juste : que l’impôt serve effectivement à la solidarité et au développement. Son but n’est pas de servir la croissance de manière étroite mais bien toutes les potentialités de la personne humaine y compris sa dimension spirituelle, et dans la qualité de relations justes entre les citoyens. Qu’il soit équitable et rationnel dans sa répartition, et non fantaisiste selon des critères clientélistes. Qu’il soit géré par des administrations rigoureuses et intègres. Pas de corruption, pas de gaspillage. Libres à vous d’estimer selon ces critères la pertinence des niveaux d’impôt et des projets qu’il finance. Mais chacun rendra à Dieu ce qui lui est dû si nous laissons traverser notre analyse sur l’impôt dû aux autorités politiques par ces critères de la pensée sociale de l’Église sans cesse à découvrir. Mettez ce que vous estimez juste à la quête, mais surtout rendons grâce à Dieu Lui qui a donné sa vie, qui a payé le prix fort pour nous rendre libres et nous donner de chercher avec persévérance à contribuer à une société plus solidaire, plus juste, plus humaine.

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Abbé François Bidaud