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Accueil du site || Homélies || Homélies archivées- paroisse St Paul || Pourquoi faudrait-il être heureux quand l’avenir est si incertain ?

Homélie Toussaint 2011 Ap 7, 2-4.9-14 ; Ps 23(24) ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a

« Heureux » venons-nous d’entendre ; Heureux ! Encore ? Jésus céderait-il à l’exigence moderne d’être heureux ? Car, soyons réalistes, nous sommes chaque jour sommés d’être heureux. Pour plusieurs raisons. Pour bien vivre en société, le sourire est de rigueur. Nous sommes priés de laisser nos soucis au vestiaire. Dans le monde de la publicité, chaque produit nous est vendu comme contribuant à notre bonheur, alors nous serions bien stupides d’être incapables de trouver notre bonheur dans la variété de ce qu’on nous propose. Dans le critère de la réussite moderne, il y a cette aspiration au bonheur, ce désir d’épanouissement. Malheur à nous si nous ne parvenons pas à nous épanouir, à réussir notre vie. C’est sans doute que nous avons raté quelque chose. Oui, le bonheur est parfois une exigence au-dessus de nos forces. Pourquoi faudrait-il être heureux quand l’avenir est si incertain ? Pourquoi faudrait-il être heureux, faire comme si de rien n’était alors que nous traversons une épreuve lourde, alors que celui, celle qu’on aimait a perdu la vie et que rien n’est plus comme avant ? Et il faudrait en plus être des saints, ces héros de l’évangile, ces modèles hors de portée ? Non, il y a des jours où l’appel au bonheur de l’évangile sonne faux, à côté, trop décalé ! Pourtant, c’est peut-être quand nous nous sentons ainsi démunis que l’Évangile a des chances de nous rejoindre enfin. Oui, nous avons raison de réagir à ces discours convenus sur le bonheur comme s’il était à construire à la force du poignet, à la force de nos bras, par notre seule volonté. Jésus s’adresse justement à ceux qui sont fatigués de ces appels au bonheur qui sonnent creux ; Il rejoint cette foule consciente de ses fragilités des ses manques, cette foule en attente, ces pauvres de cœur en attente d’un amour vrai, ces doux qui se font si facilement avoir, ces personnes qui pleurent tant la vie est dure, tant aussi ils ont conscience que leur vie n’a rien d’une vie de sainteté. Il s’adresse à ceux-là, assoiffés de paix, de pardon, de justice, à ces hommes et femmes consternés par leur sort qu’on leur réserve, ou qu’on fait aux autres. Ceux qui savent dire « c’est quand même bien malheureux de voir ça » et qui ne veulent pas se résigner. Si nous éprouvons ce manque, s’il y a en nous comme une attente, alors, nous sommes en mesure d’entendre cet appel au bonheur de l’évangile et même cet appel à la sainteté. Dieu n’est pas en mesure d’agir si nous sommes repus ; il peut agir dans le pauvre de cœur, dans celui et celle qui s’ouvrent à sa présence, à cet amour dont Saint-Jean nous redit qu’il nous établit enfants de Dieu, nés de Lui, nés de nouveau en Lui par le baptême. Le bonheur de l’évangile n’est pas au bout de nos seuls efforts ; il se construit à partir d’un don à accueillir, d’un amour qui nous précède et qui nous tire en avant. Ce bonheur a avoir avec ce que l’évangile appelle le Royaume, c’est-à-dire une manière de vivre qui nous relie au Christ, à sa mort et à sa résurrection pour une promesse d’avenir infini. Le bonheur de l’évangile nous projette dans cette rencontre où nous verrons Dieu tel qu’il est découvrant ainsi qui nous sommes. Ce bonheur là dépasse ce que d’autres peuvent nous promettre maintenant. Pourtant, ce n’est pas parce que le bonheur de l’évangile sera plénier dans l’éternité qu’il serait interdit d’en vivre quelque chose dès maintenant. C’est ce que nous disent les saintes et saintes fêtés en ce jour ; Certes, nous ne sommes pas à la hauteur d’un Bienheureux Jean-Paul II, mais grâce à Dieu, combien sont-ils à vivre avec persévérance le combat contre une maladie quelle qu’elle soit ? Nous ne sommes pas tous appelés à faire des choses extraordinaires, mais en nous fondant sur l’amour de Dieu, nous pouvons faire ce que nous avons à faire dans l’ordinaire des jours avec amour. C’est bien cet ordinaire fait avec amour qui le rend extraordinaire révélait la petite Thérèse. Il est alors des petits bonheurs qui ont goût d’un plus grand pour qui sait savourer la vie. Nous ne sommes pas des martyrs comme ces chrétiens inquiétés pour leur foi en notre monde, voire persécutés, mais il nous revient d’être témoins de cette foi en actes mais aussi en paroles, quitte à déplaire pour un moment, mais pour devenir l’interlocuteur attendu par celui qui cherche le bonheur vrai dans sa vie. Saintes et saintes, près de Dieu, ils resplendissent d’un bonheur qu’ils nous appellent à rayonner par notre vie. Heureux-sommes-nous d’être appelés à vivre en ce monde du bonheur de l’évangile.

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Abbé François Bidaud