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La théologie du corps de Jean-Paul II

Nota Bene : tout n’est pas complètement rédigé… parfois c’est de l’ordre de notes de lectures, ou de notes pour donner un enseignement. En espérant que cela reste compréhensible et ne trahisse pas le sens des auteurs (Jean-Paul II et Yves Semen).

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Abbé Olivier Monniot

Introduction Qualifiée de bombe à retardement théologique par son biographe George Weigel, l’approche du corps et de la sexualité par Jean-Paul II est un héritage spirituel qu’il nous faut découvrir. Ce qu’on appelle la théologie du corps de Jean-Paul II est l’enseignement de ce dernier donné durant les audiences générales de 1979 à 1984. Ces audiences ont été publiées et constituent un Corpus dont le nombre de pages est important. La théologie de Jean-Paul II a besoin d’être traduite pour le grand public. C’est ce qu’a fait Yves Semen dans son livre La sexualité selon Jean-Paul II . Je n’en donnerai qu’un résumé de son livre, n’ayant eu le loisir d’aller à la source.

Préface Dans la préface Mgr Rey résume ce qui a conduit la pensée de Jean-Paul II : « Le présupposé de ces avancées, qui me semble être un authentique « principe de synthèse » de la pensée de Jean-Paul II en la matière, c’est selon l’expression originale de Gaudium et Spes, l’idée de « nature de la personne humaine » (GS 51) qui est « une de corps et d’âme » (« corpore et anima unus » GS14) ». Et Mgr Rey d’en donner des conséquences immédiates : la masculinité ou la féminité qualifient la personne dans son « unité substantielle », dans sa « totalité unifiée ». Introduction Dans son introduction Yves Semen part de l’expérience humaine des tensions voire des oppositions, entre la volonté ou le désir spirituel d’une part, et les pesanteurs de notre corps, de notre « chair », d’autre part.

L’homme est créé corps et âme, et son corps est sexué. Face aux tensions qu’il vit plusieurs solutions se présentent à lui : soit l’homme s’en veut, soit il en veut à Dieu. Soit l’on rejette le corps, soit l’on rejette l’esprit.

L’enjeu de la vie humaine est de concilier les deux dimensions dans un bon équilibre. « Toute la vie de l’homme peut se résumer dans la tentative de la conquête d’un équilibre qui restera toujours précaire, imparfait et inachevé entre ces deux dimensions de son être qu’il ne parvient pas à faire coexister de manière harmonieuse » p.14 Yves Semen montre ensuite qu’il s’agit d’une question de théologie. Il évoque le dossier christologique : les premières hérésies tournaient autour de l’humanité et la divinité du Christ, rejetant souvent l’idée que le Christ ait eu un corps humain qui a faim, qui a soif, qui sue, qui souffre… Or comme le rappelle Mc 7, 18, 23, ce n’est pas ce qui entre dans la bouche de l’homme qui le souille mais ce qui en sort. Autrement dit, les questions de pureté ne sont pas à lier au corps de l’homme, mais au cœur de l’homme qui se laisse abuser. « on ne peut être vraiment chrétien sans accepter pleinement son corps et sa dignité, ni en accusant le corps de ce qui est en réalité le péché du cœur. » p.17 Jean-Paul II, lui-même, au cours de l’audience du 8 août 1984 affirmait : « La théologie du corps n’est pas tellement une théorie mais plutôt une pédagogie du corps spécifique, évangélique et chrétienne. » Le pape a voulu donner les clefs de compréhension de notre corps dans la lumière du plan divin instauré lors de la création, rejeté par l’homme par le péché originel, et restauré par la mort et la résurrection du Christ. Cette théologie fonde la spiritualité conjugale, et est nécessaire pour toute spiritualité chrétienne.

Yves Semen explique ensuite le but de son ouvrage : vulgariser la pensée du pape. Pour cela il a gardé le vocabulaire, mais adapté le discours circulaire du pape en discours linéaire. D’où le plan : 1. Pourquoi le pape s’est attelé à cet enseignement dès le début de son pontificat 2. plan de Dieu aux origines de la création (il reste présent dans le cœur de l’homme à la manière d’un écho lointain) 3. péché des origines, rupture volontaire de l’homme et de la femme avec ses conséquences 4. la rédemption du corps permise par l’incarnation du Verbe 5. comment à la lumière de cela, l’acte sexuel des époux est appelé à devenir œuvre de sainteté pour les époux et pour l’Eglise.

1. Jean-Paul II : une approche inédite de la sexualité 1.1. La théologie traditionnelle du mariage

Y. Semen cite un bon résumé de l’histoire de la compréhension du mariage : Avant lui, S. Augustin (IV-Ve s) parle des biens du mariage : proles, fides, sacramentum : les enfants, la foi jurée entre les parents, le sacrement. (Ce sont les fruits positifs de ce qu’apporte le mariage) Augustin marqué par sa formation néoplatonicienne restera gêné avec la question de la sexualité. Sans condamner le corps ou la matière, l’acte conjugal ne pouvant être complètement exempt de volupté, reste suspecté d’être au moins un péché véniel. Malgré les Homélies de Jean Chrysostome sur le mariage, les pères et la théologie médiévale iront dans ce même sens. S. Bonaventure (XIIIe) : le mariage donne une « certaine grâce », car il « excuse » l’union sexuelle et évite qu’elle soit un péché. S. Thomas d’Aquin (contemporain de Bonaventure) : Les fins (finalités, buts) du mariage :
-  fin première : la procréation et l’éducation des enfants
-  fins secondaires : le secours mutuel et le remède à la concupiscence (penchant à jouir des biens sensibles de manière égoïste ; pulsions désordonnées, notamment sexuelles, du corps) La pensée de l’Eglise s’est limitée à une philosophie naturelle du mariage (la philosophie naturelle du mariage n’est pas fausse, au contraire elle est vraie, mais c’est insuffisant.) Il y a eu peu d’avancées jusqu’à Vatican II depuis la pensée de saint Thomas. Or sur le mariage c’est traité dans le complément de la Somme Théologique, réalisé par Réginald de Piperno qui a compilé des passages de jeunesse. Ce n’est donc pas la même richesse de pensée que pour le reste !

L’Eglise cependant a toujours affirmé son respect pour le corps humain :
-  hérésies : manichéisme, catharisme, jansénisme
-  religion de l’incarnation
-  S. François de Sales : « le chrétien doit aimer son corps comme une vivante image de celui du Sauveur incarné », Traité de l’amour de Dieu, III, 8. XVI-XVIIe s.
-  Œuvres de charité pour soulager le corps
-  Travail comme facteur d’équilibre dans la vie contemplative, alors que Rome le reléguait aux esclaves
-  Place du corps dans les actes liturgiques Or au XIXe dans les manuels des confesseurs : in re sexuali, non datur parvitas materiae, en matière sexuelle il n’y a pas de fautes légères. On accuse le christianisme à l’heure actuelle de culpabiliser par rapport au corps et à la sexualité. Alors que le philosophe païen Celse traitait les chrétiens de philosomaton genos : le peuple qui aime le corps.

Dans les années 30, mouvements comme les END : désir de sainteté dans le mariage. Hiatus entre la conviction d’une vocation et de l’exigence du mariage chrétien, et la doctrine classique. Emergence de nouveaux courants de philosophie : personnalisme, phénoménologie, permettant de mieux prendre en compte la personne et son expérience. Vatican II (GS 1965) : prend acte de tout cela. L’appel à la sainteté des époux dans le mariage est affirmé, et la doctrine des fins du mariage est affirmée, mais en référence à l’amour des époux. Cf. GS 48. Avec l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI publiée en 1968, sur la contraception, le mariage pas considéré uniquement d’un pt de vue objectif, mais aussi subjectif : « double signification unitive et procréative » . Il faut ainsi noter que l’union des époux redevient le sens et but premier du mariage, duquel naissent des enfants à l’inverse de ce que définissent Augustin et Thomas où les enfants semblent être la principale motivation du mariage. A ce sujet là, rappelons que la position de l’Eglise n’est pas d’avoir le plus d’enfants possible, mais d’exercer une « paternité responsable » qui, en résumé, consiste à évaluer le nombre d’enfant que l’on peu élever, sans s’opposer aux lois morales, et en restant ouvert à la vie que le Seigneur pourrait faire naître .

Dans une allocution, Paul VI parlait aux Equipes Notre-Dame de la possibilité de sainteté dans le couple. Il rappelait que l’amour humain est bon dès l’origine, et que s’il est déformé par le péché, il trouve sa rédemption dans le Christ. (allocution du 4 mai 1970)

Il manquait une position du magistère. C’est ce qu’a donné Jean-Paul II. En 4 ans, il a pu proposer une vision complète du sujet, ce qui est nouveau après les essais partiels des prédécesseurs. 1.2. Le réseau « Wujek » Y. Semen décrit le parcours du pape qui lui a permis d’avoir une expérience riche auprès des couples et des jeunes. Nous ne nous y attarderons pas, mais il est important de retenir que c’est, dans ce que son exercice pastoral lui a donné de vivre et d’entendre, que Jean-Paul II a puisé sa réflexion. 1.3. La boutique de l’orfèvre Jean-Paul II, passionné par le théâtre, va porter sur les planches l’expérience d’écoute des coupes qu’il a eu. Cela donne la boutique de l’orfèvre où les sentiments amoureux sont très bien décrits. Met en scène trois couples : deux couples dont les enfants s’aiment. On y trouve 3 grandes idées :

- l’amour comme don de soi est le fondement du lien sacré du mariage. C’est par ce don de soi que les personnes peuvent se réaliser pleinement en tant que personnes.
- mariage comme commencement de notre compréhension de la vie intérieure de Dieu
- d’où le mariage est l’expérience humaine concrète par laquelle Dieu devient compréhensible : le mariage est icône de la Trinité.

Amour et responsabilité, 1960 est un traité d’éthique sexuelle qui atteste le caractère novateur. Plutôt que de formuler l’éthique en permis / interdit, il veut montrer qu’il s’agit d’un itinéraire d’épanouissement de soi, de réalisation de soi. Il développe le personnalisme (philosophie qui conçoit l’être humain comme une personne formant un tout, et non pas comme un être compartimenté ou saucissonné). Le fondement de la morale, c’est de ne jamais user de l’autre, ne jamais instrumentaliser l’autre, ce qui porterait atteinte à son statut de personne. « Goûter le plaisir sexuel sans traiter pour autant la personne comme un objet de jouissance, voilà le fond du problème moral sexuel. » .

1.4. Humanae vitae Jean-Paul II a participé à la commission mais n’a pas pu être présent lors du vote final. Alors que la commission était pour une libéralisation, qu’il ne faut pas juger l’ouverture à la vie d’un couple sur une relation sexuelle, mais sur l’ensemble de sa vie, Paul VI a réaffirmé le lien entre union et procréation, et donc la non légitimité de la contraception. De son côté K. Wojtyla a dirigé une commission et a envoyé un memorandum au pape, hélas parvenu trop tard : les conclusions sont les mêmes mais l’argumentation est différente : L’homme est fait pour le don de soi : La chasteté est une condition essentielle pour le don de soi authentique ouvert à la vie. L’amour humain doit être vécu de manière responsable : la fécondité ne peut être laissée au hasard : les époux doivent en décider de manière autonome et libre. L’homme et la femme sont égaux en dignité, La manière de réguler la fertilité doit s’accorder aux exigences de cette dignité. Or la contraception artificielle fait peser sur la femme tout le fardeau de l’évitement de la naissance, viole son intégrité biologique par des techniques agressives et nocives pour sa santé, et l’exposent à être utilisée dans un but hédoniste. Il y a donc incompatibilité entre la contraception et le respect de la dignité de la femme. 1.5. La théologie du corps Jean-Paul II aurait voulu faire un 2e ouvrage développant amour et responsabilité en donnant les fondements théologiques. Il n’a pu le faire, mais en a distillé le contenu, presque achevé pendant les séances de comptage au concile, lors des catéchèses que sont les audiences générales. Il utilise ces audiences jusqu’alors de circonstances pour en faire le lieu d’un développement théologique continu. Les audiences sont données du 5 septembre 1979 au 28 novembre 1984, période interrompue par l’attentat et l’année de la Rédemption 1983. Ce n’est que dans la dernière audience que Jean-Paul II dévoile son intention.

En français 4 volumes Date Thème Titre des publications aux éd du Cerf 5 septembre 1979 – 2 avril 1980 Le plan de Dieu sur l’homme et la femme « à l’origine », en réponse à « est-il permis de répudier sa femme ? » Mt 19, 3-9 A l’image de Dieu, homme et femme, 1980 16 avril 1980 – 6 mai 1981 Pureté du cœur à partir du passage du Sermon sur la montagne sur l’adultère (Mt 5, 27-28) Le corps, le cœur et l’esprit. Pour une spiritualité du corps, 1984 11 novembre 1981 – 9 février 1983 Réponse du Christ aux sadducéens sur la résurrection (Mc 12, 20-23) Résurrection, mariage et célibat. L’évangile de la rédemption du corps, 1985 23 mai 1984 – 28 novembre 1984 Commentaire et développement de Humanae Vitae L’amour humain dans le plan divin. De la Bible à Humanae Vitae, 1985

Ainsi le mariage est présenté comme œuvre de sainteté jusque dans et par les actes de la chair. Les époux en s’unissant par une totale communion de leur esprit, de leur cœur et de leur corps, contribuent par la grâce de leur sacrement de mariage à la sainteté de l’Eglise dans le mystère de la Communion des saints.

Des difficultés pour comprendre Jean-Paul II :
-  termes techniques
-  pensée circulaire qui passe mal à l’écrit (passe mieux à l’oral)
-  les audiences : une encyclique aurait été plus remarquées, mais après l’échec d’Humanae vitae, il a voulu éviter un autre tollé qu’aurait provoqué l’annonce d’un texte sur le sujet 2. Le plan de Dieu sur la sexualité humaine Tous font l’expérience d’une certaine dichotomie entre l’esprit, l’âme d’un côté et le corps de l’autre côté. Ce qui est sous jacent c’est la question du mal. On en vient facilement à dire que le mal de notre condition humaine vient du corps. Se pose alors la question : pourquoi avons-nous un corps et pourquoi est-il rebelle à l’esprit ? Y. Semen fait alors référence à l’analyse de Gabriel Marcel. Pour Gabriel Marcel la question du corps est un mystère, plus qu’un problème. Deux attitudes, ramener le mystère à un problème. Un problème on a des techniques pour le résoudre. C’est ce que propose l’hédonisme moderne : des techniques pour s’affranchir des limites de notre corporéité. D’autres courants vont insister sur le mystère comme quelque chose d’impossible à atteindre, donc on ne parle pas du corps ou on le minimise. La solution pour Gabriel Marcel est d’approcher le mystère par l’expérience, puis par un recueillement intérieur. C’est ce que propose la théologie-pédagogie du corps de Jean-Paul II.

Jean-Paul II part de Mt 19, 3-9 : pourquoi la répudiation ? La question des pharisiens est une question sur le « comment être en règle ». Jésus se situe d’emblée sur un autre plan : revenir à l’origine à la source. Il faut remonter à ce que Jean-Paul II appelle la « préhistoire théologique », à ce qu’est l’homme avant le péché, avant cette rupture. Comment y accéder ? Il en reste une trace avec notre désir de pureté. C’est un peu comme un négatif photo. En prenant le positif on obtient la photo…ainsi donc nous avons accès à la compréhension de ce qu’est l’homme avant la chute. Nous pouvons découvrir le plan de Dieu sur l’homme. Jean-Paul II le présente en 3 étapes : 1. la question, dans la Genèse, de la solitude originelle de l’homme, expérience à travers laquelle il se découvre en tant que personne. 2. le mystère de communion et de l’unité de l’homme et de la femme à travers la création de la femme 3. l’expérience de la nudité aux origines : « ils étaient nus et n’avaient point honte » nous dit le livre de la Genèse. Dans le Ct on a un « reste » du regard innocent des origines sur le vrai sens du corps humain dans sa différence sexuelle.

2.1. La solitude originelle 1er récit Gn 1, 26-28 de la création. « Dieu dit : faisons l’homme (‘adam) à notre image, comme notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme (‘adam) à son image ; à l’image de Dieu Il le créa, homme (zakhar = masculin) et femme (ouneqeva = et féminin) Il les créa. Dieu les bénit et leur dit : soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la, dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui rampent sur la terre. »

Revisitons le avec JPII. • l’homme est créé très nettement au dessus du monde visible, car il a l’ordre de le maîtriser. • l’homme ressemble à Dieu et non à l’animal (≠ avec les conséquences de la classification d’Aristote) • Pour tout : Dieu dit/Dieu fit, sauf pour l’homme : faisons l’homme à notre image. C’est l’occasion d’un retour de Dieu sur sa propre intimité • La différence sexuelle n’est mentionnée que pour l’homme et après avoir dit que l’homme est à l’image de Dieu. La différence sexuelle est donc image de Dieu et bonne. Donc la différence sexuelle avec ses signes (les organes) est à prendre du côté de la ressemblance à Dieu et non du côté de l’animal.

2e récit (Gn 2, 4b-7 et 18-20) : « Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme (‘adam) pour cultiver le sol. Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol. Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. […] Yahvé Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie. Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et Il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages, mais, pour un homme, il ne trouva pas d’aide qui fut assortie. »

Remarque : jeu de mot entre adam = homme et adamah = terre

• adam = l’homme, l’humanité en général. Zakhar et neqeva désignent mâle et femelle. Ish – isha humain masculin et humain féminin. • adam devient un prénom qu’à la fin de la création lorsque la femme est créée. • L’homme est le seul à pouvoir cultiver : c’est une différence radicale sur tout le reste du créé, c’est pas seulement un degré supérieur de perfection • Il nomme les animaux, donc a une connaissance parfaite de la nature, une connaissance de l’intérieur. C’est comme quand on appelle quelqu’un par son nom ou son surnom : on le connaît, l’acceptation d’être appelé ainsi c’est reconnaître la relation d’intimité entre 2 personnes. Donc l’homme connaissait la nature • L’homme ne trouve pas d’aide, c’est-à-dire personne d’équivalent à qui il puisse se donner pour réaliser la vocation de sa personne. C’est par le corps que l’homme se sent seul et reconnaît sa différence des animaux. L’homme n’a pas vu d’abord sa ressemblance matérielle avec les animaux, mais son originalité, sa personnalité unique, sa solitude. Seul Dieu serait une autre personne, mais Dieu n’est pas proportionné à l’homme, il ne peut être son alter ego. • La solitude de l’homme est ontologique, pas seulement affective et sensible. L’homme ne trouve personne de semblable à qui se donner c’est pourquoi il est mis dans la bouche de Dieu cette parole : « il n’est pas bon que l’homme soit seul ». La femme est créé et cela est très bon.

L’homme n’est donc pas un animal pensant, mais une créature à l’image de Dieu… La sexualité de l’homme n’est pas celle des animaux un peu plus développée (quelques poèmes pour séduire), mais elle est à l’image de Dieu qui est Amour-Don. Cet Amour-Don ne peut se vivre que s’il se donne à un autre différent.

2.2. L’unité des origines Gn 2, 21-24 « Alors Yahvé Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme (‘adam) qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’Il avait tirée de l’homme (‘adam), Yahvé Dieu façonna une femme (’ishah) et l’amena à l’homme (‘adam). Alors, celui-ci s’écria « A ce coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée femme (’ishah), car elle fut tirée de l’homme (mé’ish) celle-ci ! ». C’est pourquoi l’homme (’ish) quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme (be’ishto), et ils deviennent une seule chair. »

• C’est une torpeur, sommeil particulier. La torpeur est présente lorsque Dieu intervient pour sceller une alliance entre Dieu et l’homme. (cf. sacrifice d’alliance entre Dieu et Abran qui deviendra Abraham : Gn 15, 12 ; les disciples à Gethsémani). Cette torpeur c’est la manifestation de l’effroi existentiel face à la réponse libre que demande Dieu : Pour Adam c’est le moment crucial de l’alliance radicale entre Dieu et l’homme lors de la création. Ce n’est que lorsque la femme sera créée que l’homme est complètement à l’image de Dieu. • Pourquoi la côte : pour montrer que la femme procède de la même humanité que l’homme. En sumérien le signe cunéiforme de la côte signifie aussi la vie. La femme bénéficie de la même vie que l’homme. • « os de mes os, chair de ma chair » 1er chant d’amour qui reconnaît en Eve son alter ego. Il s’agit de toute la personne (chair et os désignent toute la personne dans le langage biblique). Il n’a pas dit « esprit de mon esprit ». ce chant célèbre la femme dans son corps et dans la différence homme femme, invitant à la communion • Ils deviennent une seule chair. C’est là que l’homme peut dépasser la solitude que lui impose son corps. C’est uniquement là que la création est achevée, qu’ils sont à l’image de Dieu. C’est dans cette communion qui va jusqu’à la communion des corps. Cette communion n’intervient que lorsque Adam a reconnu que Eve est une personne, qu’elle est son alter ego.

JPII dit que l’homme est à l’image de Dieu non par son esprit ou son âme spirituelle (qui le rapproche d’un Dieu purement esprit). L’homme et la femme sont à l’image de Dieu en tant que personnes appelées à la Communion (comme dans la Trinité). Le sexe n’est pas quelque chose d’accidentel. Le sexe n’est pas que le corps, mais aussi l’esprit l’affectif le psychologique. C’est dans cette différence qu’ils peuvent vivre une communion. Les mouvements qui veulent une égalité pour combattre l’asservissement de la femme par l’homme en disant qu’il s’agit d’une différence culturelle superficielle, nient la différence homme / femme. Le livre de la Genèse montre bien que cette différence provient de l’essence même de l’homme. 2.3. La nudité de l’innocence Gn 2, 25 : « Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas de honte l’un devant l’autre. » Cette mention montre l’importance du corps. Même dans un couple, il n’est pas facile de se présenter nu face à l’autre. Quel sera le regard de l’autre sur mes imperfections réelles ou imaginées. Mettre les personnes à nu dans les camps de concentration, c’est les rendre sans défense, les humilier, les avilir. Cela montre que la confiance, et la communion étaient totales. Le vêtement et les bijoux sont là pour mettre en valeur le corps.

Audience 20 février 1980 : Nu sans honte : c’est-à-dire le regard de l’un sur l’autre ne considérait jamais l’autre comme un objet. Il y avait une pureté de cœur. Après le péché on considère les organes sexuels comme ceux des animaux, alors qu’ils n’ont rien en commun. Du coup hors du regard de foi, on veut être plus humain en pouvant faire des enfants sans la sexualité. La sexualité humaine se vit dans le don, à l’image de l’amour qui se donne entre les personnes de la Trinité. C’est différent de la sexualité animale qui n’a que pour but la reproduction et la survie de l’espère. En parlant des enfants et de leur éducation comme la fin première du mariage on a augmenté la confusion. On a mis le second plan à la place du premier plan : Amour-don entre deux personnes est au 1er plan.

Dans le mariage, il ne faut donc pas définir l’amour comme en disant : « Je l’aime parce qu’il m’apporte la sécurité, de l’humour, de la joie, de la paix, un salaire… ». Mais il faudrait pouvoir dire : « Je l’aime et donc j’ai envie de le rendre heureux, jusqu’à donner ma vie pour celui que j’aime (à l’image du Christ qui a donné sa vie par Amour pour sauver les hommes) »

2.4. Chant d’amour témoin des origines Cantique des Cantiques 1,15 à 2,7 : 1:15 - Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes. 16 - Que tu es beau, mon bien-aimé, combien délicieux ! Notre lit n’est que verdure. 17 - Les poutres de notre maison sont de cèdre, nos lambris de cyprès. 2:1 - Je suis le narcisse de Saron, le lis des vallées. 2 - Comme le lis entre les chardons, telle ma bien-aimée entre les jeunes femmes. 3 - Comme le pommier parmi les arbres d’un verger, ainsi mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. À son ombre désirée je me suis assise, et son fruit est doux à mon palais, 4 Il m’a menée au cellier, et la bannière qu’il dresse sur moi, c’est l’amour. 5 Soutenez-moi avec des gâteaux de raisin, ranimez-moi avec des pommes, car je suis malade d’amour. 6 Son bras gauche est sous ma tête et sa droite m’étreint. 7 - Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles, par les biches des champs, n’éveillez pas, ne réveillez pas mon amour, avant l’heure de son bon plaisir.

Cantique des Cantiques 4, 1-12 : 1 Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes, derrière ton voile ; tes cheveux comme un troupeau de chèvres, ondulant sur les pentes du mont Galaad. 2 Tes dents, un troupeau de brebis à tondre qui remontent du bain. Chacune a sa jumelle et nulle n’en est privée. 3 Tes lèvres, un fil d’écarlate, et tes discours sont ravissants. Tes joues, des moitiés de grenades, derrière ton voile. 4 Ton cou, la tour de David, bâtie par assises. Mille rondaches (bouclier circulaire) y sont suspendues, tous les boucliers des preux. 5 Tes deux seins, deux faons, jumeaux d’une gazelle, qui paissent parmi les lis. 6 Avant que souffle la brise du jour et que s’enfuient les ombres, j’irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l’encens. 7 Tu es toute belle, ma bien-aimée, et sans tache aucune ! 8 Viens du Liban, ô fiancée, viens du Liban, fais ton entrée. Abaisse tes regards, des cimes de l’Amana, des cimes du Sanir et de l’Hermon, repaire des lions, montagne des léopards. 9 Tu me fais perdre le sens, ma sœur, ô fiancée, tu me fais perdre le sens par un seul de tes regards, par un anneau de ton collier ! 10 Que ton amour a de charmes, ma sœur, ô fiancée. Que ton amour est délicieux, plus que le vin ! Et l’arôme de tes parfums, plus que tous les baumes ! 11 Tes lèvres, ô fiancée, distillent le miel vierge. Le miel et le lait sont sous ta langue ; et le parfum de tes vêtements est comme le parfum du Liban. 12 Elle est un jardin bien clos, ma sœur, ô fiancée ; un jardin bien clos, une source scellée.

Cantique des cantiques 5, 10-16 10 Mon bien-aimé est frais et vermeil, il se reconnaît entre dix mille. 11 Sa tête est d’or, et d’un or pur ; ses boucles sont des palmes, noires comme le corbeau. 12 Ses yeux sont des colombes, au bord des cours d’eau se baignant dans le lait, posées au bord d’une vasque. 13 Ses joues sont comme des parterres d’aromates, des massifs parfumés. Ses lèvres sont des lis ; elles distillent la myrrhe vierge. 14 Ses mains sont des globes d’or, garnis de pierres de Tarsis. Son ventre est une masse d’ivoire, couverte de saphirs. 15 Ses jambes sont des colonnes d’albâtre, posées sur des bases d’or pur. Son aspect est celui du Liban, sans rival comme les cèdres. 16 Ses discours sont la suavité même, et tout en lui n’est que charme. Tel est mon bien-aimé, tel est mon époux, filles de Jérusalem.

Le livre du Cantique des Cantiques (Ct) n’est pas seulement allégorique. Jean-Paul II fait un commentaire du Ct. Il s’agit d’un vestige révélé de l’amour des origines. Un chant de l’amour tel qu’il pouvait être vécu avant le péché. Il s’agit d’un texte sacré et d’un texte sexuel.

1. les parties du corps sont mentionnées dans un érotisme d’une grande pureté. Le corps, ses appels et ses séductions ne sont pas une entrave au don de soi et permettent au contraire au don de soi de s’accomplir pleinement. 2. ma sœur ma fiancée : pour signifier dans la relation amoureuse l’égalité dans une même humanité. 3. jardin clos, fontaine scellé : signifie en même temps l’inviolabilité de l’espace intérieur de la femme. 5. Ct montre que la vérité de l’amour ne peut être séparée du langage du corps, jusque dans son expression sexuelle.

Jean-Paul II rattache le cantique à l’hymne à la charité : La vocation de l’eros est de conduire à l’amour de charité (agape), qui en est l’accomplissement et le dépassement. L’agapè conduit l’eros à son accomplissement en le purifiant. Audience 6 juin 1980. (cf. Dieu est amour de BXVI) 2.5. La signification sponsale de notre corps. Nous sommes appelés à donner notre corps avec tout ce qu’il inclut : affectivité, sensiblité, psychologie, sexualité. Le don permet la communion. Le fruit de cette communion est la fécondité en une autre personne. La communion est première, la procréation est seconde.

Cela permet de mieux comprendre la possibilité d’un célibat, où il y a cependant communion avec Dieu, et fécondité chez ceux pour qui l’on prie ou que l’on aide dans l’accompagnement) Il n’y a au fond qu’un seule vocation : celle du don de soi.

Audience du 20 février 1980 développe les thèmes suivants : Le corps est le sacrement primordial. Le sacrement = signe visible d’une réalité invisible. Par le corps est signifié la ressemblance avec Dieu.

3. Le péché, le désir et la convoitise Le péché des origines a modifié dans son être profond ce qu’est l’homme. Il faut donc le prendre au sérieux et chercher à le comprendre. Il y a un avant et un après péché originel. La signification du corps à l’origine, avant le péché originel, nous en avons un écho lointain, que nous pouvons pressentir par une certaine « pureté du cœur » et qui nous est révélé dans les textes de la création dans la genèse.

3.1. Le péché des origines Il a souvent été présenté comme étant le symbole de notre tendance au péché, à la concupiscence, comme le fait Philon d’Alexandrie. Par la suite, divers mouvements sectaires tels que les cathares identifiaient le péché originel à l’acte de chair. Or ce n’est pas ce qu’affirme la théologie de saint Augustin ni celle de saint Thomas. Bien qu’Adam et Eve n’aient eu des enfants qu’après le péché originel, rien n’empêche qu’ils auraient pu avoir dans le paradis un lit nuptial (S. Augustin). Et S. Thomas de rajouter : ils auraient même eu du plaisir sensible, et ce plaisir aurait été plus grand car la nature était plus pure et le corps plus délicat.

Face au mystère de l’homme qui veut le bien mais n’y arrive pas, face à cette contradiction intérieure, face à ce disfonctionnement de l’homme, la philosophie bute et n’arrive pas à y répondre. Seule la révélation propose une clé de compréhension : le péché des origines. Sans cette réponse à la question du mal, l’homme finit par osciller entre un « optimisme débridé et irresponsable et un pessimisme radical et désespéré. » dit Jean-Paul II. Nier le péché originel rend absurde toute l’histoire du salut. Le salut accordé par Dieu a pour but de nous sauver du péché, de nous libérer de cette expérience.

Qu’est-ce que le péché originel ? Tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’homme à la suite de la séduction du serpent, le tentateur, se donne lui-même ce fruit. C’est en fait un refus de dépendance de l’homme vis-à-vis du créateur. Au lieu de recevoir de Dieu, le discernement de ce qui est bon ou mauvais, l’homme veut décider lui-même ce qui est bon ou mauvais en s’accaparant ce fruit. (cf. Maïmonide, rabbin du XIIe s, grand philosophe et savant : le péché originel, c’est l’homme qui porte un jugement de valeur sur les choses au lieu d’accepter ce que Dieu donne comme étant bon). L’origine du tentateur : créature spirituelle qui a refusé de se placer dans la dépendance de Dieu, comme créature face à son Créateur. C’est un péché d’orgueil. Ils avaient « eu la prétention de pouvoir « comme Dieu connaître le bien et le mal » et avaient fait le choix d’eux-mêmes contre Dieu au lieu de se choisir eux-mêmes en Dieu. » explique JP II. Pour le tentateur, comme pour l’homme il y a la prétention de pouvoir faire comme si Dieu n’existait pas, vouloir être totalement autonome, autrement dit prendre la place de Dieu. En refusant cette dépendance à Dieu, c’est un refus de l’amour que Dieu donne et de l’amour que l’on peut donner à Dieu. Ainsi l’homme perd aussi les dons reçus de Dieu, tels que le don de dominer et gouverner la création. C’est ainsi que le péché de l’homme a une conséquence sur toute la création.

3 conséquences : La honte du corps, La domination de l’un sur l’autre La désunion 3.2. La honte du corps Gn 3, 6-7 Yves Semen relève dans les audiences du pape trois éléments relatifs à cette honte du corps 1. Ils se cachent l’un à l’autre avant même de se cacher devant Dieu. Cacher la différence sexuelle, c’est bien plus que cacher les organes masculins et féminins. C’est cacher tout ce qui relève de sa sensibilité, de sa psychologie, de son affectivité masculine ou féminine. Cela exprime l’incapacité qu’ils ont de communiquer, d’être en communion. « Tous deux étaient nus, l’homme et la femme, et ils n’avaient pas honte ». (cf. expression : se mettre à nu : dévoiler ce que l’on pense vraiment, ses sentiments, son intériorité…). Avant le péché originel, rien n’empêchait la communion : ils étaient nus et avaient un accès direct l’un à l’autre. Les pagnes qu’ils se confectionnent sont l’instauration d’une limite infranchissable qui restreint le don de soi originaire. La différence corporelle qui était signe de la pleine communion devient seulement le signe de la sexualité. Cf. audience 4 juin 1980.

2. il y a là une révolution dans la compréhension de la sexualité. Alors que l’homme est créé à l’image de Dieu et que la différence sexuelle doit permettre la communion de deux êtres complémentaires à l’image de la communion divine dans la Trinité, elle est maintenant comprise à l’image de la sexualité animale qui est tout autre.

3. ils découvrent qu’une des conséquences de cet acte de non dépendance est que l’un est susceptible de devenir l’autre un objet de plaisir d’appropriation de valorisation personnelle. Ils découvrent qu’ils risquent d’être chosifié.

3.3. la domination Gn 3, 14 Ainsi l’unité des deux dans la communion est brisée. Et cela renvoie à toutes les formes culturelles ou non de misogynie et de machisme. La femme va vers son mari : mouvement de don de soi, mais la domination de l’homme sur la femme ne respecte ni la femme, ni l’homme qui perd ainsi la possibilité de vivre la communion pour laquelle il a été créé.

La revendication féministe qui constitue à s’accaparer les caractéristiques masculines pour éviter la domination masculine est une atteinte aussi à la féminité des femmes.

Yves Semen insiste alors sur un aspect de cette domination au sein même du mariage et de la relation conjugale. L’homme au lieu d’accorder son rythme sexuel à celui de sa femme, va demander au nom du « droit d’époux ou du devoir conjugal » que la femme s’unisse à lui. La femme peut devenir complice. Il souligne qu’en sens inverse, la femme étant plus libre de ses pulsions sexuelles, peut en profiter de la demande de l’union sexuelle de son mari pour le manipuler et le dominer. (chantage)

C’est ainsi que l’on perd le but de la vie conjugale : cette communion des personnes et que chacun pourra compenser à sa manière (satisfactions maternelles, caritatives, spirituelles / boulot, associatif, politique). La communion parfaite ne sera pas atteinte, donc il y a toujours ce risque de vouloir se libérer d’une convoitise jamais assouvie par la domination et l’assouvissement mutuel.

(d’où l’importance d’une chasteté (au sens du contraire de concupiscent) conjugale)

3.4. La désunité Mt 5, 27-28 Jésus dépasse les prescriptions légaliste et s’intéresse à ce qui est dans le cœur. C’est là que se trouve la source du péché (et non dans le corps : cf. ce qu’on a déjà vu avec les paroles de Jésus : ne crains pas ce qui entre dans la bouche, mais ce qui en sort) Jésus s’adresse ainsi à tout homme dans son individualité et dans son intériorité.

3 dimensions de la désunité : * Regarder pour désirer : c’est cela qui manifeste la soumission à la concupiscence. Regarder n’est pas mauvais, même si cela suscite ensuite un attrait mutuel. Car l’attraction de l’homme pour la femme est bonne. Pour désirer : pour s’approprier l’autre, pour sa propre satisfaction. Il peut y avoir un regard pur : regarder en admirant l’autre dans sa différence, et pour y discerner ou non un appel à la communion. * désunité entre le corps et le cœur. Par des raisonnements manichéens on accuse le corps au lieu d’accuser le cœur quand cela ne va pas. Ce n’est pas le corps qui est corrompu, mais le cœur qui n’a plus la rectitude des origines * désunité des personnes : un homme désire une femme pour satisfaire ses pulsions. Il existe aussi l’inverse : la femme qui veut juste avoir un compagnon passager pour assouvir son désir de maternité. Comme c’est de la qualité du regard porté sur l’autre que dépend la qualification de la relation, il peut y avoir adultère dans le mariage. L’adultère n’est pas du au fait que l’homme regarde quelqu’un d’autre que sa femme, mais à cause du type de regard qu’il porte (pour la désirer, la chosifier, etc..) et ainsi un mari peut porter ce regard sur sa femme et vivre l’adultère dans le mariage.

3.5. L’amour plus fort que la mort Histoire de Tobie et de Sara (cf. Livre de Tobie) Tobie est conduit par l’ange Raphaël, qui ne s’est pas encore révélé comme tel, chez Raguel, dont la fille unique Sarra a déjà été mariée sept fois. A chaque fois, le mari est mort pendant la nuit de noces, avant même d’avoir consommé le mariage, par l’action d’un mauvais démon, Asmodel. Tobie arrive et l’ange lui conseille de demander Sarra en mariage. En vertu de la loi de Moïse (si quelqu’un meurt sans avoir laissé de descendance toute une réglementation pour qu’un des proches se marie avec), il est le seul en raison de ses liens de parenté, auquel normalement Raguel peut lui accorder sa fille unique. Par honnêteté Raguel lui dit ce qui s’est passé dans les mariages précédents. Mais tout se passe bien avec Tobie : pourquoi ? Tobie et Sarra font une prière : « Béni sois-tu, Dieu de nos pères ! Béni soit ton nom dans toutes les générations à venir ! Que te bénissent les cieux et toute ta création dans tous les siècles ! 6 C’est toi qui as fait Adam, c’est toi qui as fait pour lui une aide et un soutien, sa femme Ève, et de tous deux est née la race des hommes. C’est toi qui as dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide semblable à lui. 7 À présent donc, ce n’est pas un désir illégitime qui me fait épouser ma soeur que voici, mais le souci de la vérité. Ordonne qu’il nous soit fait miséricorde, à elle et à moi, et que nous parvenions ensemble à la vieillesse. » 8 Puis ils dirent d’une seule voix : « Amen, amen ! », Et Jean-Paul II de commenter : « La prière de Tobie qui est avant tout une prière de louange et de remerciement, puis une supplication, place le langage du corps sur le terrain des termes essentiels de la théologie du corps. (…) On peut dire que, sous cet aspect, le langage du corps devient le langage des ministres du sacrement, conscients que dans le pacte conjugal s’exprime et se réalise le mystère qui a sa source en Dieu lui-même. Leur pacte conjugal est en effet l’image et le sacrement primordial de l’Alliance de Dieu avec le genre humain – de cette Alliance qui tire son origine de l’Amour éternel. » Audience 27 juin 1984 Il faut rappeler que le sacrement du mariage achevé dans la consommation. Sacrement du mariage est le signe (sacrement = signe visible d’une grâce invisible) de l’alliance entre Dieu et les hommes.

4. Le mariage, la rédemption et la résurrection Le mariage apporte un remède à la concupiscence provoqué par le péché. Quand Dieu restaure, il donne une perfection plus grande après la restauration qu’à l’origine. A l’origine le corps dans le mariage avait pour vocation d’exprimer la communion des personnes divines. Le mariage est souvent trop considéré de manière sociologique et pas comme un sacrement. Le mariage sacramentel c’est se reconnaître appelés à la sainteté par le don de soi dans l’exercice de la communion des personnes.

4.1. Le mariage sacrement Pour Jean-Paul II c’est le « sacrement primordial », car il est le signe même de Dieu : il est le « signe qui transmet efficacement dans le monde visible le mystère invisible caché en Dieu de toute éternité ». Le mariage est signe de l’Amour incréé (Dieu). Toute la création révèle Dieu, toute la création est sacrement de Dieu, mais de manière plus achevé dans la communion de l’homme et de la femme.

Le mariage chrétien est plus qu’un « bonus ». L’homme ne peut atteindre la vie sans péché (et donc sans le péché de concupiscence) uniquement par ses forces (comme l’hérésie pélagienne). Le mariage naturel ne peut atteindre la perfection. Donc il faut le mariage sacrement pour combattre la concupiscence. La vertu n’en combat que les effets et non la concupiscence elle-même.

La grâce, l’Esprit Saint, fait de nous une créature nouvelle. La grâce propre du mariage régénère à l’intime de l’union de notre corps et de notre âme. La grâce est là, mais l’accueil de la grâce est trop souvent faible. C’est pour cela que les effets de la grâce du mariage ne sont pas visibles. Il nous faut faire un acte de foi que la grâce du mariage permet une communion plus totale des personnes.

4.2. La rédemption du corps Ep 5, 25-28 « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne. Car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tâche ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée. De la même façon, les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Aimer sa femme c’est s’aimer soi-même. » Jean-Paul II la commente à la lumière de la théologie du corps. Femmes ne sont pas dominées par le mari. Il y a une soumission réciproque. Il n’y a de mariage chrétien que s’il reflète l’amour que le Christ donne à son Epouse qu’est l’Eglise et l’amour de l’Eglise pour le Christ.

Comment le Christ Epoux se donne-t-il à son Epouse ? Alliance avec Abraham scellé par la circoncision (alliance nuptiale). Puis incarnation du Verbe et les épousailles vont jusqu’à l’immolation, jusqu’à la mort et jusqu’à la croix. Dieu épouse l’humanité jusqu’à la mort sur la croix. Dans Ep 5 on a l’affirmation : « aimer sa femme c’est aimer son propre corps ». Dans le mariage on a à crucifier les passions, les convoitises et la concupiscence, comme le Christ a vaincu le péché par la croix.

4.3. La résurrection et la fin du mariage Mt 12, 18-27 « Alors viennent à lui des Sadducéens - de ces gens qui disent qu’il n’y a pas de résurrection - et ils l’interrogeaient en disant : « Maître, Moïse a écrit pour nous : »Si quelqu’un a un frère qui meurt en laissant une femme sans enfant, que ce frère prenne la femme et suscite une postérité à son frère. « Il y avait sept frères. Le premier prit femme et mourut sans laisser de postérité. Le second prit la femme et mourut aussi sans laisser de postérité, et de même le troisième ; et aucun des sept ne laissa de postérité. Après eux tous, la femme aussi mourut. A la résurrection, quand ils ressusciteront, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme ? Car les sept l’auront eue pour femme. » Jésus leur dit : « N’êtes-vous pas dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu ? Car, lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux. Quant au fait que les morts ressuscitent, n’avez-vous pas lu dans le Livre de Moïse, au passage du Buisson, comment Dieu lui a dit : Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur ! » » Pourquoi quand on ressuscite on ne prend plus ni femme ni mari.

Bien comprendre la résurrection : Ce n’est pas une réanimation. Hormis Jésus, dans Evangile on n’a que des réanimations (Lazare, etc..) : le corps et l’âme sont réunifiés. Or la résurrection c’est le rétablissement de la vie humaine dans son intégrité dans l’union de l’âme et du corps, mais dans un état absolument nouveau de la vie humaine. Autre erreur : penser que nous serons spiritualisés, désincarnés : « nous serons comme des anges » (il ne faut pas oublier le « comme ») nous ne serons pas des êtres spirituels. C’est pour dire que le dominium de l’esprit sur le corps sera plus parfait. Ce sera un équilibre parfait des puissances spirituelles et corporelles : il n’y aura plus à faire d’effort volontariste… Primauté de l’esprit, mais pas victoire de l’esprit sur le corps : parfaite participation de tout ce qui est corporel à ce qui est spirituel. On restera sexué. Mais alors pourquoi on ne se marie plus : on n’est plus à l’image de Dieu ? * car l’humanité sera close : il n’y a plus besoin de se « reproduire »  pas besoin du mariage * car le don de Dieu à chaque personne sera total. Le don dans une relation bilatérale sera « étriquée ». Il y aura une parfaite communion avec Dieu et avec tous les hommes. La communion des saints ne sera parfaite que dans cette éternité. Ainsi la communion entre deux êtres sera prise dans une communion beaucoup plus large. Ressuscités nous réaliserons pleinement la communion divine et donc la signification conjugale de notre corps.

4.4. La virginité pour le Royaume Mt 19, 11-12 « Il leur dit : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c’est donné. Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » » La continence pour le Royaume n’est pas une négation de la valeur du mariage : elle renvoie à la dignité du don personnel et à la signification nuptiale du corps. Vise à montrer la communion entre Dieu et les hommes. Pas de supériorité de l’un ou de l’autre. Quand on parle de perfection pour les vœux religieux, c’est une aide pour arriver à cette perfection, mais on peut la trouver dans le mariage aussi. La perfection recherchée est celle de la charité. La supériorité consiste dans le but « pour le royaume des cieux », mais cela ne déprécie aucunement le mariage ou le corps. On choisi cette continence non par refus du mariage mais pour quelque chose de positif : pour le royaume. C’est un don de soi. C’est vivre un acte charismatique ou prophétique : d’une certaine manière épouser le Christ pour que les épousailles de l’Eglise et du Christ soient mieux réalisées, c’est participer à la rédemption et anticiper ce que sera le Royaume où Dieu se donnera parfaitement à tout homme.

Dans les deux cas nous sommes dans un acte de don de nous-mêmes par amour ! L’un et l’autre tendent à exprimer la signification conjugale du corps.

4.5. Le signe des noces de l’Agneau Epousailles du Christ et de l’Eglise : Donné lors de la Cène, mais consommé qu’à la croix. Sacrement du mariage : échange consentement puis consommation dans l’acte conjugal. 5. La sexualité et la sainteté Jean-Paul II, Audience 4 juillet 1984 « Tous deux, l’homme et la femme, s’éloignant de la concupiscence, trouvent la dimension de la liberté du don unie à la féminité et à la masculinité, dans la vraie signification nuptiale et sponsale du corps. Sur cette voie, dit Jean-Paul II, la vie conjugale devient en un certain sens liturgique. »

Dans les dernières audiences, Jean-Paul II revient sur l’encyclique Humanae Vitae qui a posé tant de problèmes, mais seulement après avoir rappelé la théologie du corps, en commentant le Cantique des Cantiques, Tobie et Ephésiens. Jean-Paul II montre que Humanae Vitae donne des principes qui ne se comprennent vraiment qu’à la lumière de la théologie du corps.

5.1. La norme de l’acte conjugal Dans Humanae Vitae, après avoir rappelé que le mariage contribue à la communion de deux êtres dans un mutuel perfectionnement personnel, et la sacramentalité du mariage Paul VI rappelle que tout acte conjugal, même s’il ne donne pas systématiquement la vie, doit être ouvert à la vie. Jusque là rien de nouveau. Nouveauté : lien indissoluble voulu par Dieu des deux significations de l’acte conjugal : union des époux et procréation. Cela s’appuie sur la nature de l’acte conjugal et la nature des sujets eux-mêmes (appelés à l’union !).

Comme l’union et la procréation sont indissociables, il devient normal de ne pas chercher à s’unir sans ouverture à la procréation :
- avortement (supprime une vie humaine déjà engagée)
- stérilisation
- moyens contraceptifs mécaniques et chimiques

Mais la réciproque est vraie : procréation sans union véritable ne respecte pas la vraie dignité de l’acte conjugal : avoir un rapport sexuel dans le seul but de « fabriquer » un enfant.

Question des méthodes naturelles de régulation des naissances : Dans les méthodes naturelles les conjoints usent légitimement de la nature, dans la contraception ils s’opposent à la nature. Souvent mal compris : on a accusé Humane vitae de dire « ce qui est naturel est bon, ce qui est chimique ou mécanique est mauvais » : il en découlerait par exemple que les médicaments seraient mauvais. D’autre part l’Eglise n’a jamais enseigné qu’il fallait avoir le plus d’enfants possible… Elle nous enseigne au contraire la Paternité responsable : tout en étant ouvert à la vie, on sait que l’on a les moyens d’élever tant d’enfants dans des conditions qui seront dignes pour eux. Donc il est légitime d’éviter d’avoir un enfant de plus si l’on sait qu’il sera difficile de l’élever  par la maîtrise de soi et non par des moyens mécaniques et chimiques qui dissocient intrinsèquement union et procréation.

Mais la méthode naturelle de régulation des naissances peut être aussi vécue comme une technique ou dans une mentalité contraceptive (on choisit cela car c’est écologique, plus respectueux de l’intégrité de la personne, économique, …) Si l’ouverture à la vie n’est pas présente, ou si c’est dans un but « procréatiste » cela devient une méthode de contraception parmi les autres.

5.2. La lumière de la théologie du corps La morale ne passe plus, la dernière chance est l’anthropologie biblique qui peut rejoindre la raison humaine. Pourquoi cette indissolubilité de l’union et de la procréation ? « les deux ne feront plus qu’une seule chair ? » Gn 2, 24 : union « Multipliez-vous et soumettez la création »… L’acte sexuel est le langage de la communion chez les époux.

Dans le cas artificiel d’une séparation des significations de l’acte conjugal (union et de la procréation), il se produit une union des corps, mais pas une union intérieure et profonde des personnes. Ce que l’on recherche c’est la vérité à la fois dans la maîtrise de soi et dans le don de soi. La contraception ôte cette vérité du don et de la maîtrise de soi.

Yves Semen essaie de montrer quelle est cette communion des personnes : Déjà pour que l’acte sexuel soit réussi d’un pt de vue purement physique, il faut une attitude altruiste qui permette à l’autre de trouver son plaisir en respectant sa sensibilité et son rythme dans la progression vers le plaisir. Mais ce n’est pas encore la communion des personnes, où le don de soi est total. Lorsqu’il s’agit uniquement d’une union physique il reste après une forme d’amertume et de déception. Lorsqu’il y a une vraie communion des personnes, cela conduit les époux à la communion avec Dieu.

On a souvent considéré l’acte conjugal comme une union physique et pour cela il fallait éviter le rapport avant de communier et pendant certains temps liturgiques (Avent, Carême). Or au contraire, vécu comme communion des personnes l’union des époux prépare à la communion eucharistique et la communion eucharistique prépare à la communion des époux. L’acte sexuel en dehors du mariage ne pourra jamais trouver la grâce nécessaire pour être une communion des personnes en raison du péché originel. Il sera toujours une communion des corps. Par contre, si les époux accueillent la grâce du mariage, l’acte sexuel pourra devenir une vraie communion des personnes.

5.3. La chasteté, route de liberté et de sainteté Pour lutter contre la concupiscence, nous est donné la vertu de chasteté (traduit dans les éditions française par continence, mais l’idée de JPII est plus la chasteté). La chasteté n’est pas une austérité ou une frustration : Elle permet aux époux de développer toutes les dimensions du langage du corps qui ne se réduit pas à l’acte sexuel : il y a l’affection, la tendresse, et autres expressions Si la chasteté au départ est vécue comme une résistance à la concupiscence, elle devient dans le temps une manière d’aimer. Elle n’est plus répression, mais élan positif vers l’autre. Elle devient liberté entre les personnes. La chasteté permet de contrôler l’excitation (tension sexuelle qui oriente vers l’acte sexuel) et l’émotion (autres manifestations du langage du corps) Chasteté permet d’équilibrer le désir d’exprimer leur union intime et la paternité responsable. La continence périodique et la chasteté permettent d’éviter de se laisser emporter uniquement par l’excitation. La communion peut réellement grandir, et la pureté aussi. La chasteté est une voie de sainteté pour les époux où ils sont appelés à s’offrir dans le respect mutuel de la personne. Il ne s’agit pas de se libérer du désir, de l’instinct ou de la passion, mais d’arriver à un don de soi toujours plus grand. Eucharistie doit être un exemple pour eux : Dieu dans les espèces du pain et du vin se donne aux hommes : c’est le don du Christ fait aux hommes. Sacrement de réconciliation pour grandir dans le don de soi.

Les époux sont donc invités à : Demander l’Esprit-Saint pour arriver à cette communion. Demander le don de piété. Il nous fait reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres de l’univers et mais seulement Dieu. Don de piété pour que il y ait une intériorité dans l’acte conjugal.

Conclusion : Pour reprendre le parcours que nous avons fait. Yves Semen présente l’histoire de la théologie sur la question du mariage permettant de mesurer la nouveauté de la pensée de Jean-Paul II et de sa théologie du corps. Enracinée dans la Bible, nous avons redécouvert avec Jean-Paul II « la splendeur du plan de Dieu aux origines dans lequel la vocation des corps est expression dans la chair de la communion trinitaire des Personnes divines. » Le péché des origines et son fruit qu’est la concupiscence, conduisent « les époux à tenter d’instrumentaliser l’autre et à considérer le mariage comme la voie d’un assouvissement de ses désirs, plutôt que comme la voie du don de soi. » Mais c’est sans compter sur le salut et la restauration apportés par le Christ : la rédemption du corps, « scellée dans le corps et le sang de Jésus-Christ épousant l’humanité sur le lit nuptial de la croix », donne « au couple, par le grâce du sacrement du mariage, de signifier les noces de l’Agneau et de l’Eglise, annonce la résurrection de nos corps et proclame notre vocation à être incorporés pour l’éternité dans la vie même de la Trinité divine » p.187-188. Enfin, nous avons vu que cette théologie du corps est le fondement du lien entre union et procréation. La recherche de cette véritable communion dans la chasteté, l’union des corps et la paternité responsable constituent le chemin de sainteté qui s’ouvre à tous les couples.

La sexualité n’est donc pas du côté d’un reste de l’animalité, mais elle est d’essence divine ! L’Eglise n’est pas contre la sexualité, contre le plaisir, contre le corps… mais elle est pour le véritable don de soi. C’est maintenant à la génération Benoît XVI de faire passer le message et d’essayer d’en vivre !

Bibliographie JEAN-PAUL II, À l’image de Dieu, homme et femme. Une lecture de Genèse, 1-3, Paris 1980. (Allocutions prononcées lors des audiences générales du mercredi, du 5 septembre 1979 au 2 avril 1980)

JEAN-PAUL II, Le Corps, le cœur et l’esprit. Pour une spiritualité du corps. Une lecture de Matthieu 5, 27-28, Paris 1984. (Allocutions prononcées lors des audiences générales du mercredi, du 16 avril 1980 au 6 mai 1981)

JEAN-PAUL II, Résurrection, mariage et célibat. L’Évangile de la rédemption du corps, Paris 1985. (Allocutions prononcées lors des audiences générales du mercredi, du 11 novembre 1981 au 9 février 1983)

JEAN-PAUL II, L’Amour humain dans le plan divin. De la Bible à « Humanae vitae », Paris 1985. (Allocutions prononcées lors des audiences générales du mercredi, du 23 mai au 28 novembre 1984)

SEMEN, Y., La sexualité selon Jean-Paul II, Paris 2004.

HEALY, M., Les hommes et les femmes viennent d’Éden. Le corps, la sexualité, l’amour selon Jean-Paul II , Nouan-le-Fuzelier 2006.

WOJTYLA, K., Amour et responsabilité, Paris 1965.