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Abbé Olivier Monniot

L’histoire de l’Epiphanie et des 3 rois mages, nous la connaissons bien. Alors je voudrais m’arrêter avec vous sur le psaume… souvent il a un lien fort avec les lectures. Certes ce sont des textes poétiques, parfois un peu plus difficiles à comprendre, mais commenter aujourd’hui le psaume 71 va nous aider à comprendre le sens de la fête de l’Epiphanie.

Ce psaume a probablement été écrit pour un rituel lors de l’accès au trône d’un roi d’Israël. Le psaume demandant à Dieu toutes les bénédictions nécessaires au roi. Demandant aussi à ce qu’un jour il soit le roi du monde...

Puis, après l’exil, lorsqu’il n’y avait plus de roi, le psaume a été relu comme étant une prophétie du Messie qui devait venir, ce Messie qui serait le roi de l’univers…

Pourquoi dis-je cela ? Pour comprendre le psaume, il nous faut faire un peu de géographie… La géographie de l’antiquité n’est pas tout à fait la même que la nôtre (les noms des lieux ont changé en 2000 ans). Tarsis : c’est le symbole de l’extrême occident. Soit cela désigne le détroit de Gibraltar, soit une ville du nom de Tharros localisée en Sardaigne. En tout cas cela se situe à l’ouest de la Palestine. La Bible parle à plusieurs reprise des « Vaisseaux de Tarsis » réputés pour leur robustesse et leur puissance. Le psaume parle aussi de Saba et de Séba : On connaît Saba, à cause de la fameuse reine de Saba qui vint rendre visite à Salomon dans le 1er livre des rois. Séba est probablement la région dans laquelle se trouvait la ville de Saba… c’est à dire l’Arabie du sud. Voilà donc une manière de dire que depuis les contrées les plus reculées, les rois viendront se prosterner devant le Messie.

« Qu’il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu’au bout de la terre ! » nous dit le 2e paragraphe… une manière d’indiquer les 4 points cardinaux en fonction de la géographie de la terre sainte. Voici donc un premier point du contenu de la fête de l’Epiphanie : l’universalité, la catholicité de l’enfant roi que nous célébrons : Jésus, le Messie, le Christ… celui qui rassemble les nations. Le Messie – c’est là l’affirmation théologiquement marquante de notre psaume – réalise la promesse faite à Abraham de réunir tous les peuples de la terre sous la bénédiction même qui revient au peuple de Dieu : « Par toi se béniront toutes les familles de la terre » (Genèse 12,3). La 1re lecture et la 2e lecture nous l’indiquait aussi, chacune à sa manière.

Et puis le psaume nous dit qui est ce roi… Après avoir demandé la bénédiction de Dieu sur le roi dans la première strophe, le psaume 71 nous indique que sa tâche est de gouverner avec justice avant tout en défendant les pauvres et les opprimés. La justice sociale est un élément essentiel de l’attente messianique, mais aussi de la paix. En vérité, les traits qui caractérisent ce règne et le désir qui anime cette prière disent une réalité extrêmement radicale concernant le roi qui est ici entrevu : il s’agit d’un roi selon le cœur de Dieu. Un roi qui ne se limite pas à gouverner au nom de Dieu, mais qui accomplit sa volonté et sa justice. « Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. » Un roi, en définitive, qui ne descend pas d’une dynastie humaine, mais que seul Dieu peut donner à l’humanité. Un roi qui ne vient pas de la terre, mais du ciel : « Qu’il descende comme la pluie sur les regains, une pluie qui pénètre la terre » (verset 6). Ce roi est un don de Dieu, le prince de la paix, une bénédiction.

Le chrétien prie ce psaume en y reconnaissant Jésus le Messie, le fils de David, venu instaurer le royaume de Dieu, royaume pour tous, y compris pour les pauvres et les indigents. Ce Messie d’Israël, ce Jésus est aussi celui que tous les peuples espèrent à travers cette figure des Mages venus d’orient. Ils vont le reconnaître et l’adorer.

Penchons-nous maintenant un peu sur la figure de ces trois mages. Le mot peut nous induire un peu en erreur. On peut trop rapidement passer de mage à magicien. Car on se demande un peu comment ils ont fait pour voir cette étoile étrange, et comprendre quelque chose, rien qu’en scrutant le ciel. Il faut savoir que dans toutes les cours royales de l’époque il y avait des savants, des érudits, qui connaissaient les traditions de leur peuple, de leur religion, mais qui s’intéressaient aussi à ce qui se disait dans les peuplades environnantes. Il faut prendre en compte que le peuple juif a été dispersé avec la destruction du temple et ont apporté leur tradition avec eux. La Bible nous parle par exemple de Daniel qui fut à Babylone. Probablement dans diverses cour de roi, des savants, des mages, plus justement des sages, connaissaient un certain nombre de prophétie d’Israël. Saviez-vous que les astronomes s’intéressent toujours à cette étoile de Bethléem ? Il y a plusieurs théories, mais l’astronomie pense qu’il y a eu plusieurs phénomènes visibles autour de l’an 0 (en -2 et en -7), avec des coïncidences d’étoiles et de planètes…faisant paraître plus forte la lumière d’une étoile. Il s’agit probablement d’un de ces phénomènes qu’ont suivi les mages. Cela ne réduit pas la valeur du texte biblique, mais cela montre que Dieu se sert de sa création pour donner des signes aux hommes, sans bouleverser le cours des astres. Donc ces mages qui connaissaient les prophéties, et scrutaient le ciel, ont suivi l’étoile pour en bon scientifique essayer de comprendre. Cela les a conduit jusqu’au Christ.

Alors pour nous, qu’est-ce que cela peut nous inviter à vivre ? Nous pourrions souhaiter être un peu comme ces mages. On voit qu’à travers ce désir de comprendre, cette recherche de la Vérité, les mages se sont laissés conduire à Jésus. Jésus qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Nous aussi en tant que chrétien, continuons à chercher toujours cette vérité, à être des chrétiens authentiques, libres à la suite du Christ. A chercher au-delà des idéologies à discerner la volonté de Dieu.

Un autre aspect de cette figure des mages, alors qu’ils sont plutôt des grands de ce monde, se laissent conduire dans la confiance et acceptent même de s’incliner devant ce roi, devant ce bébé. C’est un exemple d’humilité. Acceptons-nous que d’autres nous montre le chemin, que Dieu nous montre la route ?

Enfin, en cette période où nous aimons bien prendre de bonnes résolutions, quels cadeaux allons-nous offrir au roi des rois, à Jésus. Quelle bonne résolution allons nous prendre ? Résolution que nous ne tiendrons pas uniquement par nos forces humaines mais soutenus par notre vie de foi, par les sacrements. Il est important de sans cesse se remettre en route, et d’offrir des petits efforts au Seigneur pour avancer avec lui. Et souvent nous nous rendons compte que ce que nous voulons lui offrir, nous avons besoin de le recevoir de lui-même.

Demandons au Seigneur d’être un peu comme ces mages et de nous laisser guider par la lumière de Dieu, jusqu’à son Fils.