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Abbé François Bidaud

Urgence, il y a urgence !

En méditant les textes du jour, tout en cherchant à faire le lien avec notre vie, c’est le mot qui m’est venu. Urgence !

Urgence pour les habitants de Ninive à se convertir sinon la ville sera détruite.
Urgence à vivre dans l’attente du Seigneur car selon Saint-Paul « le temps est limité ».
Urgence ressentie par les premiers disciples qui partent à la suite du Christ « aussitôt » l’appel entendu.

Urgence aussi dans nos vies. Quand un accident de santé survient, il y a urgence à intervenir, comme dans la série du même nom.
Urgence comme climat habituel ressenti par beaucoup dans le monde du travail, où il s’agit de rendre une étude dont le résultat serait attendu pour... hier.
Urgence dans un monde occidental que des africains regardent avec distance selon l’adage du continent noir : « vous avez la montre, nous avons le temps ».
A l’approche des élections, nous aurons à discerner ce qui est urgent à traiter et ce qui peut ou doit attendre, et alerter les candidats ou leurs supporters en fonction de ces attentes.

Urgence donc, mais alors une question se pose et s’impose. L’urgence ressentie dans nos vies est-elle bien la même que la parole de Dieu désigne ? De quelle urgence nous parle la Bible ? A Ninive, il est urgent d’accueillir la parole de Jonas proclamée au nom du Seigneur ; urgence de la conversion. A Corinthe, il est urgent de regarder la vie de ce monde qui passe en considérant qu’il est limité. Il est donc urgent de nous tourner vers le monde qui ne passe pas, celui de Dieu ; urgence de la conversion. Selon Jésus lui-même dans l’évangile, il est temps d’accueillir le règne de Dieu tout proche : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne nouvelle ». Simon et André comprennent l’urgence : il s’agit de laisser la pêche aux poissons pour aller à la pêche aux hommes, urgence de quitter les rives du lac pour se mettre en marche à la suite du Christ, urgence de se tourner vers Lui, urgence de la conversion.

Je crains une chose, et je le dis aussi pour moi : ce qui est urgent dans nos vies habituelles n’est pas ce que Dieu désigne. Nous savons attendre dans le domaine spirituel, repousser au lendemain ce qui pourait être fait aujourd’hui ou pire, selon le faux-proverbe méridional, repousser au lendemain ce que d’autres pourront faire. Il y a urgence à se convertir. Ces textes ont goût de Carême, mais allons-nous attendre un mois pour nous y mettre ?

Nous avons tant de choses à faire, tant d’occupations... Ce monde nous demande de décider vite sans savoir si nous faisons bien. Comment saurons-nous décider de nous convertir ici et maintenant ? A l’approche des élections, le conseil permanent a rédigé un texte dès octobre dont Arc -en ciel livrera l’essentiel le week-end prochain. On le trouve dans le Pélerin de cette semaine aussi. Je vous livre un des points développés par les évêques :

"Le mode de vie qui est le nôtre depuis quelques décennies ne pourra pas être celui de tous les pays du monde, ni même se maintenir perpétuellement tel quel chez nous. Depuis longtemps, avec d’autres, les papes et les évêques appellent chacun à reconsidérer sa manière de vivre, à privilégier l’être plus que l’avoir, à chercher et promouvoir un « développement intégral » pour tous. Sous des termes variés, c’est la même invitation pressante à un changement de mode de vie. Chrétiens, à bien des égards, nous sommes mieux équipés que beaucoup d’autres pour choisir ce changement plutôt que de le subir seulement. »

Ce temps de crise est justement à entendre à double sens, celui d’épreuves difficiles, mais aussi le temps propice pour se décider, pour choisir. Allons-nous nous laisser endormir par notre vie chrétienne ordinaire ou allons-nous y inscrire de manière décisive cette conversion qui ne cesse de transformer en profondeur, qui ouvre à la vie ?

Que cette eucharistie soit la force reçue de Jésus vivant : il nous tourne résolument et avec joie vers le Père dans le dynamisme de l’Esprit-saint.