Autres articles dans cette rubrique

Accueil du site || Homélies || Homélies archivées- paroisse St Paul || L’art, porte ouverte vers l’infini, vers une beauté et une vérité
JPG - 2.8 ko
Abbé Olivier Monniot

Lorsque nous avons choisi la date pour chanter cette messe de Mozart, nous pensions que le 25 mars, nous fêterions l’Annonciation : L’Annonce de l’ange Gabriel auprès de Marie, qui lui disait qu’elle allait concevoir du Saint-Esprit et enfanter Jésus. Cette grande fête qui nous prépare lointainement à célébrer noël 9 mois après l’annonciation. Mais en raison de l’importance du cycle pascal, le 5e dimanche de Carême prime sur la solennité de l’Annonciation qui est postposée à demain. Cependant cette coïncidence nous invite à considérer la vie du Christ dans son unité, à ne pas oublier que même si l’on morcelle les événements de l’année liturgique, pour mieux s’arrêter sur chacun et les méditer, ils forment un tout dans le plan de Dieu. L’annonciation nous prépare à la naissance de Jésus : par l’incarnation Dieu se fait homme pour être proche de nous, et pour sceller entre lui et les hommes une alliance nouvelle, ce qu’il fera durant sa passion, nous entrainant à sa suite jusqu’à sa résurrection. Toute l’histoire sainte de l’Ancien Testament peut être résumée en la succession d’alliances conclues entre Dieu et son peuple élu puis rompues par l’égarement et l’infidélité du peuple : Dieu se révèle progressivement et éduque le peuple élu en lui donnant une loi qui le fait avancer vers une société meilleure, une loi de vie, de respect de l’autre et d’ouverture à Dieu. Malgré les infidélités du peuple choisi, Dieu reste fidèle et promet une Alliance nouvelle, notamment à travers la prophétie de Jérémie que nous avons entendue dans la première lecture. Cette alliance nouvelle et éternelle, c’est le don que Jésus fait de sa vie pour pardonner les péchés à tous les hommes, leur proposer le salut, et leur permettre une vie nouvelle. Cette alliance nous la célébrons à chaque messe : rappelez-vous les paroles de consécration : « Prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. » Ainsi, en ce 5e dimanche de Carême où nous entrons dans le temps de la passion, la présence en filigrane de l’annonciation nous permet de contempler l’unité des deux pôles de l’année liturgique, l’unité des deux grandes fêtes catholiques que sont Noël et Pâques : Dieu s’est fait homme à Noël pour ramener à lui ceux qui s’étaient égarés, leur pardonner leur péchés et leur manifester son amour en donnant sa vie et en ressuscitant le 3e jour. Dans l’évangile, Jésus annonce sa passion, sa mort et sa résurrection, à travers une image agraire bien compréhensible à son époque : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. » Cela fait écho à ce que Jésus dit dans l’évangile de saint Jean au chapitre 15 : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Comme je le disais, avec ce 5e dimanche de Carême, nous entrons dans le temps de la Passion. Vous pourriez-nous dire, quel décalage entre ce temps de la passion et le « faste » - quoique modeste - de la messe brève de Mozart que nous interprétons. Notre chemin de conversion vers Pâques nous invite à vivre notre prière toujours plus profonde, pour nous y ressourcer et vivre au quotidien le double commandement d’amour de Dieu et du prochain. Pour vous faire comprendre comment cette messe de Mozart nous aide à vivre cela, je serais tenté de faire tout un commentaire musicologique afin de vous montrer à quel point une musique composée avec tant de soin sert le texte, et nous aide à goûter plus profondément ce que nous risquerions de prier par habitude. Je me permettrai juste de souligner que le Kyrie eleison pouvait surprendre : presque dramatique, suppliant au début… il se transforme en un sautillement et en une acclamation, mêlé de retours à la supplication… mais demander pardon à Dieu n’est-ce pas aller au-delà de la tristesse et de la supplication pour entrer dans la joie du pardon et rendre grâce à Dieu… ? Cette idée est reprise dans l’Agnus avec une partie plus grave et suppliante lorsqu’est chanté « miserere nobis » « prends pitié de nous ». Fait suite à cela un ternaire sautillant lorsque nous demandons à Dieu le don de la paix : « dona nobis pacem. » Je vous laisserai goûter au Credo et au Sanctus, tous deux aussi, admirablement composés… il y aurait beaucoup à dire, mais je suis convaincu que la musique parle d’elle–même. Et si vous êtes peu familiers du latin appuyez vous sur la feuille qui donne la traduction.

En effet ces œuvres sacrées sont l’expression profonde de la foi de l’Eglise. Le pape Benoît XVI lors d’une audience générale, place Saint-Pierre, le 21 mai 2008 disait : « La foi est amour et c’est pourquoi elle crée de la poésie (il fait allusion aux hymnes liturgiques) et elle crée de la musique. La foi est joie, c’est pourquoi elle crée de la beauté. » Si nous avons voulu proposer cette messe, malgré le temps du carême, c’est pour nous aider à entrer dans cette joie que nous célèbrerons à Pâques, nous permettre d’anticiper et de goûter aux prémices de la liturgie céleste : c’est un des souhaits de la constitution du Concile Vatican II sur la Sainte Liturgie. Benoît XVI le rappelait lors d’un discours aux membres de la Chapelle musicale pontificale Sixtine le 20 décembre 2005 : « … il est vrai que …, dans les grandes liturgies, nous pouvons ressentir la présence de la liturgie céleste, un peu de la beauté dans laquelle le Seigneur veut nous communiquer sa joie. » Certes on peut l’exprimer aussi, dans des petites assemblées, avec un chant plus simple, et même quand on chante faux… la ferveur, la prière n’est pas liée à une perfection… mais la qualité élève l’âme. Et je suis certain qu’au ciel tous nous chanterons juste et qui plus est avec de grandes nuances et une grande expressivité… et sans effort !!!

Il y a dans la musique, un langage universel, sur lequel nous pouvons nous rejoindre… et j’oserais même dire qu’à travers la musique sacrée nous pouvons nous rejoindre, croyants ou non croyants… Combien de chorales associatives sans aucun caractère religieux interprètent ces œuvres sacrées. Nous pouvons nous rejoindre grâce à l’universalité du langage musical, et à l’universalité du Beau : oui ! il y a des œuvres qui sont unanimement considérées comme des chefs d’œuvre (le Requiem ou l’Ave verum Corpus de Mozart par exemple), ce qui montre qu’au-delà des gouts et des couleur, il y a une objectivité du Beau…

Les universaux (le Beau, le Bon, le Vrai) se rejoignent pour le philosophe. Benoit XVI disait le 31 août dernier : « L’art est capable d’exprimer et de rendre visible le besoin de l’homme d’aller au-delà de ce qui se voit, il manifeste la soif et la recherche de l’infini. Bien plus il est comme une porte ouverte vers l’infini, vers une beauté et une vérité qui vont au-delà du quotidien. Et une œuvre d’art peut ouvrir les yeux de l’esprit et du cœur, en nous élevant plus haut » Plus encore les universaux (le Beau, le Bon, le Vrai) rejoignent Dieu pour le croyant. Car Dieu veut nous donner par Amour ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui est vrai. Quoi d’étonnant que la musique sacrée ait produit tant de chefs d’œuvre. Saint Augustin disait : Cantare amantis est : la source du chant est donc l’Amour. Je voudrais achever cette médiation sur la musique sacrée en revenant à la figure de notre pape, figure attachante pour un musicien ou un mélomane. Vous le savez certainement le pape Benoît XVI est lui-même musicien, il est pianiste… et il est le premier pape à se livrer à des commentaires musicologiques à l’occasion de discours de remerciements à l’issue de concerts qui lui sont offerts. C’est à l’occasion d’un tel discours qu’il évoque les souvenirs d’émerveillement quand enfant il entendit la Messe en ut mineur de Wolfgang Amadeus Mozart. Benoît XVI utilise le nous car il était avec son grand frère : « nous avions vécu quelque chose de plus qu’un concert : (…) il s’agissait d’une musique baignée de prière, d’un office divin dans lequel nous avons pu goûter quelque chose de la magnificence et de la beauté même de Dieu, (…) nous avions été touchés par Dieu en personne » Puissions-nous vous aider à faire cette expérience de prière. Amen.