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Gn2, 18-24 / Ps 127 /He 2,9-11 / Mc 10, 2-16

 « Au commencement Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ».

Frères et soeurs permettez moi de revenir plusieurs fois sur ce verset tant il est riche de sens ; « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Alors que le récit de la Genèse nous montre la création que Dieu a voulue comme bonne : Dieu dit…, cela existe…, et cela était bon. Dieu dit « faisons l’homme à notre image, … et l’homme exista…., et cela fut très bon ».

Pour la première fois, dans l’Ecriture apparaît l’expression « il n’est pas bon ». « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Un manque qui apparait comme un mal. Car l’homme est créé comme un être relationnel, si bien que sa solitude lui devient un mal existentiel. Et Dieu dit : « Je vais lui faire une aide qui lui correspondra » ; Dieu fit la femme. Une aide - Ce terme « aide » ne signifie pas « servitude », car en hébreu « il désigne l’intervention de Dieu venant au secours de son peuple, ou d’un homme aux prises avec un danger qui menace sa vie. La conséquence est évidente, loin d’être cantonnée à un rôle subalterne, la femme est présentée comme ayant une vocation salvifique. » Ce qu’elle est en propre peut sauver l’homme. C’est pourquoi ce n’est pas un hasard qu’à ce moment l’homme émet véritablement sa première parole humaine : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera : femme. » C’est première parole est une exclamation d’émerveillement et de gratitude. L’homme en recevant cette aide salvifique de Dieu, devient plus lui-même et est Adam l’homme en face d’Eve la femme. Tous deux sont faits pour « s’aider » en se complétant mutuellement dans leurs différences.

En effet, Adam et Eve sont issus de deux actes créateurs différents dont l’origine les dépasse. Un mystère - Eve est faite par Dieu à partir de la chair et des os d’Adam, pendant que celui-ci est dans un « sommeil mystérieux ». Adam ne saisit pas l’acte de la création d’Eve, comme il ne saisit l’acte de la création de sa propre personne. Pour Adam comme pour Eve, leur création relève d’un mystère sacré des origines de l’humanité voulu par Dieu.

Ce mystère sacré dont l’homme ne peut saisir tout le sens pour le maîtriser à son gré, est aussi un mystère de communion. C’est ensemble que l’homme et la femme forme l’humanité telle que Dieu l’a voulu : « L’homme et la femme sont créés l’un pour l’autre ».

 « A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, et il s’attachera à sa femme, et tout deux ne feront plus qu’un ».

Entendons ce terme : « attachera ». La communion de l’homme et de la femme nécessite qu’ils aient aussi le désir de « s’attacher » ; c’est-à-dire de s’unir dans une alliance indéfectible. C’est le sens profond du verbe « attacher » qui caractérise ici le lien de l’homme et de la femme comme signe de l’alliance. Alliance humaine et divine. Humaine dans laquelle l’homme et la femme jouent à fond leur liberté, divine par le fait qu’elle tend à être un don total sans retour, indissoluble, et elle le devient réellement par grâce de Dieu ; elle devient une alliance sacramentelle.

Si cette vocation au mariage est inscrite dans la nature même de l’homme et de la femme, elle n’est cependant pas « une institution purement humaine ». C’est Dieu qui est l’auteur du mariage nous dit le Concile Vatican II, ainsi le mode de vie du couple homme-femme « a été fondé et doté de ses lois propres par le Créateur ». C’est pourquoi, en ces temps où les instances de notre pays se questionnent sur le sens du mariage, nos évêques nous invitent à prier Dieu. A prier pour toutes les familles et pour « ceux qui ont mission de servir le bien commun, afin qu’ils soient éclairés pour trouver les moyens de soutenir les familles dans leurs tâches essentielles ».

Dans le fond, il s’agit de prier pour que toute personne, dans sa vie, dans son couple, dans sa famille, dans ses responsabilité, découvre la lumière de Dieu qui donne le vrai sens de l’existence humaine.

« Au commencement Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Frères et soeurs, nous voyons que ce verset est prophétique aujourd’hui. La solitude première de l’homme est qu’il vit sans connaître le Christ. Beaucoup d’hommes et de femmes ignorent Dieu depuis leur naissance jusqu’à leur mort, cette absence est la raison profonde de tous les maux de notre société, absence qui entraine la déconstruction de la nature humaine, puisque l’homme ne peut maintenir sa dignité que s’il la reçoit de Dieu. Aussi frères et soeurs, cette solitude spirituelle de la créature qui ne connaît son Créateur est plus profondément douloureuse que celle d’Adam qui n’aurait pas rencontré Eve. C’est pourquoi cette solitude réclame urgemment l’annonce du message évangélique.

Beaucoup de nos frères en humanité sont dans cette solitude qui les détruit, et pourtant l’épitre aux hébreux nous dit « que le créateur et maître de tout, voulait une multitude de fils à conduire à la gloire ». Le Créateur et Maître de tout, Jésus, dont tout a été fait en Lui, ne veut pas la mort de l’homme. Jésus veut rejoindre tous ceux qui sont blessés, les guérir et en faire des fils de son Père ; « laissez venir à moi les petits enfants », pourrait s’entendre ainsi : « que vienne à Moi l’homme qui se détruit et j’en ferais un être debout, ressuscité ». « Il ne sera plus jamais seul car je serais avec lui tous les jours de sa vie ».

Mais Jésus nous préviens : « Laisser venir à moi les petits enfants, ne les empêchez pas ». « Ne les empêchez pas ». Prenons au sérieux cet avertissement du Seigneur : s’il nous dit cela, c’est que très probablement nous empêchons son action, nous ne permettons pas à ce que l’homme d’aujourd’hui découvre le vrai sens de l’existence. Nous pourrions nous dire : « Seigneur, je prie, j’essaye d’aimer et de servir, alors en quoi j’empêche les hommes de venir à toi. » Et sans doute le Seigneur nous dirait : « tu les empêches de venir à moi par ton silence » car « la foi naît de la prédication et la prédication c’est l’annonce de la parole de Dieu », « si on t’écoute on m’écoute, si on t’accueille on m’accueille », « mais si tu te tais, si tu ne t’affiches pas en qualité de disciple, qui va m’entendre et me voir ? - Personne ». « Ne les empêche pas de venir à Moi ».

Frères et soeurs, Jésus a besoin de nous pour que nos contemporains viennent à Lui. Aussi pour une part, nous sommes tous responsables de la crise spirituelle de nos contemporains si nous nous taisons. Et comme l’a dit Saint Paul : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ». C’est dans ce contexte de l’urgence de l’annonce évangélique comme seule possibilité de sauver l’homme de sa solitude existentielle, de sa mort progressive, que l’Eglise en ce jour a choisit d’ouvrir à Rome le Synode pour la Nouvelle évangélisation, afin de penser de manière nouvelle comment nous pourrions devenir tous missionnaires dans notre société sortie de la chrétienté.

Frères et soeurs, soyons heureux que le Seigneur nous invite à prendre résolument le chemin de l’annonce de sa Parole, et réjouissons nous qu’en ce même jour l’Eglise nous donne un signe d’espérance : le pape Benoit XVI proclame docteur de l’Eglise une bénédictine allemande du 11e siècle, sainte Hildegarde de Bingen ; et un prêtre espagnol du 15e siècle, saint Jean d’Avila. Par cette double proclamation, l’Eglise reconnait la valeur universelle de l’enseignement spirituel de ces deux saints, et elle nous invite à les connaître. Dans ce contexte de la Nouvelle Evangélisation, notre Mère l’Eglise nous montre encore une fois où doivent converger tous nos efforts : nos efforts doivent converger vers un seul but : la sainteté.

Frères et soeurs, en ce jour, prions les uns pour les autres pour que nous accueillons toujours le sens de notre existence de Dieu, prions pour que nous ne nous taisions plus et osions courageusement annoncer l’évangile, et prions pour que nous soyons tous des saints. Amen.

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